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Repeuplement

Les Ch’timis de La Porcherie sauvent l’école

Le jeudi 19 septembre 1991.

Après l’Ariège, dont nous vous avons parlé la semaine passée, voici un exemple d’initiative de repeuplement d’un village et d’une sauvegarde d’école qui n’est pas pour nous déplaire. Malgré un cadre quelque peu institutionnalisé : celui de la mairie, des gens s’organisent lorsque l’État s’avère défaillant. Système débrouille encouragé par nos gouvernants, diront certains. Soit ! Mais l’autogestion doit bien commencer quelque part.



Si dans certaines de nos grandes villes la rénovation passe par l’expulsion de familles issues de milieux populaires, il n’en est pas de même partout. De petites communes, touchées par un endémique exode rural, ont parfois recours à des solutions originales, qui méritent d’être mises en avant. C’est le cas de la commune de La Porcherie, un petit bourg du Limousin de six cent huit habitants. Pour remédier à la fermeture de son école, annonçant presque inéluctablement la mort de sa commune, le maire, Albert Peyronnet, s’est mis à la recherche d’une famille souhaitant venir vivre à la campagne.

L’initiative est prise en 1988, après que l’inspection académique eut décidé de fermer une première classe [1]. Par une petite annonce dans un hebdo gratuit, une offre d’accueil est lancée. Elle sera sans effet jusqu’à ce que la presse nationale, quelque peu sceptique, s’en empare. À Roubaix, Michèle Perlik reçoit cette annonce avec enchantement. Épouse d’un chômeur en fin de droit, Michèle écrit au maire de La Porcherie. Sa lettre est retenue parmi 14, celle-ci étant agrémentée de fiches d’état-civil. À la suite d’une première rencontre, le couple Perlik et ses dix enfants débarquent en fanfare au village où l’ancien logement des instituteurs vient d’être rénové pour les accueillir. Malgré le logement et la scolarité, tous les problèmes ne sont pas résolus pour autant. Simon Perlik demeure au chômage. Cette situation va durer un an et demi. C’est qu’en Limousin le travail n’abonde guère et qu’en ce domaine rien n’a été prévu par une municipalité aux bien faibles moyens budgétaires. L’expérience va se développer avec l’arrivée d’un autre couple nordiste et de ses propres dix enfants. Une famille que l’on n’attendait pas, et qui mettra bien du monde dans l’embarras, en commençant par M. le Maire. « Je ne savais pas où les mettre. J’avais une petite maison de campagne, je les ai installés dedans en attendant mieux ». Adaptation difficile, tiraillements conjugaux… ce nouveau couple repart. Quelque temps après, la mère demande à revenir à La Porcherie en compagnie de ses dix enfants. Une maison achetée à la Société d’aménagement foncier (SAFER), puis rénovée, lui est fournie. À partir de ce jour, les familles nordistes sont définitivement installées. L’école, pour sa part, est sauvée. L’apport d’une vingtaine d’enfants enraye le processus de fermeture. La Porcherie a pris désormais des allures de foyer d’implantation ch’timi. Certes, il se trouvera toujours quelques bougons pour trouver bien turbulents ces enfants venus d’ailleurs, mais dans la mesure où Clochemerle se pratique dans tous les domaines cela n’a guère d’importance. Important est le fait qu’à la faveur d’initiatives échappant à la grosse cavalerie institutionnalisée, des individus soient en mesure de mener à bien leurs affaires.

Bien évidemment, ici, la municipalité a pris l’initiative et l’on pourra toujours disserter sur le rôle des élus : courroies de transmission de l’État en palliant ses carences par des solutions réformistes du type cité. Mais pour ceux soucieux de mener à bien des pratiques autogestionnaires, de telles réalisations ne peuvent-elles pas avoir valeur d’exemple ?

Aux idées d’un « Grand soir » qu’un libéralisme prétendument triomphant ne cesse de repousser aux calendes grecques, des objectifs sociaux à court et moyen termes menés dans une optique révolutionnaire doivent répondre. L’auto-organisation d’individus libres et responsables commence dès à présent. Les événements qui vont dans ce sens sont à encourager, ceci à La Porcherie comme ailleurs.

Claude Nepper


[1Vingt-cinq classes disparaissent à chaque rentrée dans la Haute-Vienne, qui compte 36 communes sans école.


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