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Nancy

Contre l’homophobie

un collectif en devenir
Le jeudi 14 mai 1998.

C’est à l’appel de quelques associations homosexuelles de Nancy (Homonyme, Les Sœurs, Les Biens nées…) qu’un collectif de lutte contre l’homophobie et pour la reconnaissance des droits gays et lesbiens [1] a vu le jour depuis quelques semaines dans notre région.

Ce collectif, dont la FA de Nancy est membre, a pour but de lutter contre toutes les formes de discriminations quelles qu’elles soient : physiques, sociales, politiques… et de lutter pour la reconnaissance du Contrat d’union sociale dont le projet de loi va être déposé à l’Assemblée nationale avant la fin de l’année par Mme Guigou, dont les dernières déclarations laissent perplexes.

Celle-ci a en effet affirmé (journal de France Inter du 27 avril 1998) que ce contrat permettrait à tous les couples hétérosexuels (désireux de ne pas se marier) et homosexuels de pouvoir régler leur problèmes fiscaux, successoraux et sociaux, mais qu’il est hors de question pour ces derniers d’avoir la possibilité d’adopter des enfants afin de « lever toute ambiguïté et pour ne pas toucher aux ordres symboliques des choses concernant la filiation. »

Notre ministre de la Justice ne serait-elle pas homophobe ? Rappelons que la pétition de Michel Pinton, maire de Felletin (Creuse), d’après un texte d’Isabelle Seneider, membre d’une association familiale catholique [2], contre ce Contrat d’union sociale est signé par 12 000 de ses confrères…

Tous ces braves élus qui finalement se comportent en homophobes en ne donnant pas la parole aux homosexuels qu’ils soient pour ou contre ce fameux contrat, quand et où ont-ils laissé s’exprimer les premiers concernés ?

En tous cas pas à Nancy, où ce dernier dimanche d’avril, en souvenir de la déportation, quelques membres du collectif se sont rendus sur les lieux de la cérémonie afin d’y déposer une gerbe à la mémoire des déportés homosexuels.

Nous nous sommes vu refusé par M. Denis, préfet de Meurthe-et-Moselle, le droit d’assister à cette commémoration car nous arborions le triangle rose, signe distinctif des déportés homosexuels. Par contre, nous avons été autorisés à déposer nos fleurs une fois la cérémonie officielle terminée et la place nettoyée de tous ces uniformes ! Et tous les ans, c’est la même chose…

Depuis 1954, le protocole en place tend à nier la déportation des homosexuels en tant que tels, alors que des témoignages comme celui de Pierre Seel dans son livre [3] prouvent le contraire.

La discrimination encore et toujours

N’est-ce pas là une fois de plus un signe de discrimination de la part de nos élus, ou de leurs représentants, qui ne veulent pas inscrire dans leurs cérémonies officielles ce fait historique ? N’est-ce pas là un fait de négation digne du Front national ? C’est pourquoi la FA de Nancy soutien ce collectif. Ce combat s’inscrit dans la lutte contre toutes les formes d’exclusion, visant à combattre le fascisme sous tous ses visages.

Un visage militaire ce dimanche matin, que nous étions tout de même quatre à démasquer. Quatre à brandir des affichettes sous les yeux des officiers : « Plus de déportations ni d’expulsions ».

Un message clair mais que les flics et les militaires n’ont pas su lire. Car les seules manifestations de sympathie que nous avons reçues sont celles d’anciens déportés ou de simples civils. Certains d’entre eux ont d’ailleurs pu assister à la commémoration avec l’insigne des déportés politiques (triangle rouge) dont il n’est pas question de nier l’existence. Déjà victimes de ségrégation durant cette triste période, les homosexuels sont aujourd’hui encore discriminés, quoi qu’en disent mesdames et messieurs les représentants du peuple. Alors qui fait le jeu du Front national ?

Nathalie et Stéphane
groupe Jean-Roger Caussimon (Nancy)


[1Collectif lorrain de lutte contre l’homophobie et pour la reconnaissance des droits gays et lesbiens. c/o Aides Lorraine sud. 3, rue de Chateau Salin, 54000 Nancy.

[2APPF : Association pour la promotion de la famille.

[3Moi Pierre Seel, déporté homosexuel (Calman Levy).





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