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« Les Soviets trahis par les bolcheviks » Rudolf Rocker

Le jeudi 14 mai 1998.

Il devenait de plus en plus clair, et il devient maintenant évident, que le parti communiste n’est pas, comme il feignait de l’être, le défenseur des travailleurs. Les intérêts de la classe ouvrière lui sont étrangers. Après avoir obtenu le pouvoir, il n’a qu’un seul souci : ne pas le perdre.
Izvestia de Cronstadt, 8 mars 1921.

Notre parti ne peut sympathiser avec l’institution démodée du système des conseils.
Lénine



Les contempteurs du récent Livre noir du communisme, pour la plupart anciens compagnons de route honteux de l’ex-grand parti des travailleurs ou gauchistes défroqués ou non, ont maintes fois avancé l’argument selon lequel cet ouvrage n’apprenait rien qui n’ait déjà été écrit. C’est en vain, toutefois, qu’on cherchera dans leurs œuvres complètes réunies la moindre mention à l’un de ces textes qui en disaient long sur la véritable nature du bolchevisme et sur l’horreur de la répression, dès 1918, dans l’Union soviétique en construction. C’est toujours en vain qu’on cherchera aujourd’hui sous leur plume le moindre mot concernant cet écrit de Rudolf Rocker, que les éditions Spartacus, qui nous l’avait déjà offert en 1973, viennent de rééditer.

Intitulé à l’origine La Faillite du socialisme d’État russe, ce texte constitue, comme le souligne fort justement Arthur Lehning, « la première critique globale des principes du bolchevisme publiée en langue allemande du côté anarchiste ». La pertinence des propos et la valeur de l’analyse de Rudolf Rocker au long de cet écrit apparaîtront, à tout lecteur un tant soit peu honnête comme remarquables quand on sait qu’il date de 1921. Les textes postérieurs consacrés aux premières années de vie du système soviétique ne feront en effet que confirmer les vérités sur les faits survenus jusqu’à cette date et ici exposés de manière magistrale, à savoir l’évolution vers une dictature féroce, déjà largement pesante au moment où ce texte est rédigé.

Après avoir précisément dépeint l’atmosphère étouffante du despotisme mis en place par Lénine et ses camarades au lendemain même du renversement du régime tsariste, Rocker rappelle le rôle important joué par les anarchistes russes dans la révolution, et rétablit, contre l’intense propagande mensongère et calomniatrice des bolcheviks, la vérité sur la répression féroce qui s’est abattue sur eux, en particulier le mouvement makhnoviste, ainsi que les marins et la population de Kronstadt. Puis, délaissant les faits sans les oublier totalement, l’auteur en vient à un propos plus théorique sur l’idée d’origine de conseil ou de soviet, en la confrontant aux conceptions dévoyées que s’en font les communistes russes. L’objectif de Rocker, pleinement atteint, est de démontrer que l’itinéraire sinistre suivi par les bolchéviks ne doit rien au hasard, mais qu’il découle fort logiquement de leurs conceptions et de leurs méthodes autoritaires et policières. La démonstration, limpide et forte, est complétée par un rappel historique de l’opposition fondamentale, sur la nature de l’État notamement, lors du pourrissement général, à quelques exceptions près, du mouvement ouvrier, dont la direction prise par les marxistes russes triomphants sera l’une des tragiques illustrations. Cette dramatique influence du bolchevisme sur l’ensemble ou presque du mouvement ouvrier international, accélérée par les espoirs nés de la révolution russe, est ensuite analysée brillamment, notamment à travers le rôle néfaste de la IIIe Internationale, qui n’hésitera pas, pour entretenir le mirage, à recourir abondamment aux mensonges, calomnies, épurations et crimes.

Une courte préface, rédigée pour la première édition par notre camarade Jean Barrué, aujourd’hui disparu, rappelle qui fut l’auteur de cet ouvrage, l’anarchiste allemand Rudolf Rocker, hélas trop méconnu dans notre pays et dont les écrits, notamment son œuvre magistrale Nationalisme et Culture souffrent de n’avoir jamais traduits et édités en France [1].Cet ouvrage, fondamental par son propos et dont le moment où il est rédigé met en valeur la lucidité et la clairvoyance de son auteur, est indispensable à qui s’intéresse à l’histoire de cette révolution trahie. Il constitue une excellente introduction, en même temps qu’un nécessaire complément, à la lecture tout aussi indispensable de La Révolution inconnue, de Voline, récemment rééditée et dont il sera question ici-même prochainement.

Jean Robin


Éditions Spartacus, 60 FF.


[1La Fédération anarchiste vient de combler une grave lacune en éditant une cassette vidéo, Rudolf Rocker, relieur et anarchiste, qui vous permettra d’en savoir plus sur ce militant et théoricien remarquable. En vente à la librairie du Monde libertaire, 120 FF.





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