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éditorial du n° 1134

Le jeudi 1er octobre 1998.

Premier axiome du nationaliste : il aime à penser que Le sujet de toutes ses préoccupations serait doté de caractéristiques uniques, par la grâce d’un dieu ou de l’Histoire. Pour Le Pen et de Villiers, la France, « fille aînée de l’Église », demeure figée dans une prétendue identité catholique. Pour Hue, Chevènement ou Jospin, la France incarnerait la « patrie des droits de l’homme », héritière des valeurs de 1789.

Au pouvoir, cette gauche plurielle n’hésite pourtant pas à bafouer les droits les plus élémentaires de 60 000 individus, étrangers sans-papiers qu’elle voudrait renvoyer à la clandestinité. Derrière les beaux discours, seuls comptent réellement les mesquins petits calculs politiciens.

Pour se justifier, le gouvernement en appelle au « réalisme ». Foutaise ! Rappelons que, de l’autre côté des Alpes, le gouvernement italien a annoncé, début août, la régularisation de 300 000 sans-papiers. En Grèce aussi, durant l’été, une vaste campagne de régularisation a été lancée : 373 000 sans-papiers, en grande majorité albanais, se sont faits connaître.

Deuxième axiome du nationaliste et corollaire du précédent : si tous les peuples sont égaux, certains sont plus égaux que d’autres. Sous différentes variantes, cet axiome fait consensus chez les patriotes de tous bords. Par exemple, Engels, le co-fondateur du socialisme autoritaire, croyait en l’existence de deux types de nations, les « peuples historiques », catégorie à laquelle appartenait bien évidemment l’Allemagne, et « les peuples sans histoires », nombreux dans les Balkans ou en Europe centrale et méritant peu de considération…

Au Kosovo, le triste sort réservé à la population albanaise semble susciter bien peu d’émoi parmi les dirigeants européens. Depuis dix ans, le régime serbe humilie sciemment et rend littéralement la vie impossible aux Albanais du Kosovo. Dans un tel contexte, le désespoir a facilité l’émergence d’une organisation de lutte armée, l’UCK. Depuis, une terrible répression s’est abattue sur les civils albanais, 300 000 ont dû fuir (sur une population de moins de deux millions d’habitants).

Pour les dirigeants occidentaux, l’indépendance du Kosovo représente le danger absolu. Le boucher Milosevic bénéficie donc de toute leur compréhension. Cité dans Le Monde du 19 septembre, un diplomate occidental l’admet clairement tout en maniant l’euphémisme : « Si on est hostile à l’indépendance du Kosovo, il faut reconnaître à Milosevic un certain pouvoir de police contre ceux qui la prônent ».

Chez les puissants de ce monde, l’indignation à géométrie variable est une seconde nature.


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