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Clermont-Ferrand

Issue de secours pour un sans-papiers

Le jeudi 1er octobre 1998.

Dans le but scandaleux de manger, il a osé regarder en direction des richesses produites par son pays. À force de tendre la main pour en attraper quelques miettes ce fils de tirailleur sénégalais s’est retrouvé en France. Ayant tissé des liens amicaux, réussi des études d’électronique, s’étant familiarisé avec la vie française, et afin de respirer en toute légalité l’oxygène de l’Essonne, il a déposé un demande de régularisation.

Hélas ! la préfecture lui a répondu : vous êtes Africain, célibataire, vous ambitionnez de voler les emplois fantômes des Français, au moment même où, grâce aux médias, nous serinons « travail, famille, patrie » aux hommes serviles. Nous organisons des rafles à l’encontre des miséreux, nous dressons des barbelés pour les maîtriser, nous les ligotons avant de les jeter dans les fosses à génocide social. Et, en toute liberté, légalité, et sans fraternité l’État l’a emprisonné au centre de rétention de Lyon.

« Comment les militants clermontois ont-ils su que le jugement se rendrait dans leur ville ? » ont demandé les services de police. En surveillant de près la répression aurait-on pu leur répondre si leur cerveau n’avait pas été relié à la centrale étatique !

Le 21 août, le juge administratif, seul, après s’être fait communiquer la photocopie de la dernière circulaire Chevènement, élément essentiel dans le dossier, a rendu sa sentence ; Monsieur Kilanga sera… heu… excusez-moi… (Maître Kilanga, l’avocat à la peau noire, l’inconscient rédhibitoire du juge s’en est sans doute trouvé perturbé !)… Rejeté… sera reconduit à la frontière (Alors que ce Sénégalais est un séparatiste de la Casamance et risque sa vie en cas de retour dans son pays).

Répression

À l’énoncé de ce verdict, la public présent, large panel représentant 45 organisations, s’est dressé puis dirigé en direction de la victime pour lui affirmer son soutien. Ainsi entouré, ce sans-papier, plutôt que de suivre les policiers qui piaffaient de l’embarquer, a préférer suivre le chemin de la liberté et, plus preste que la répression, a utilisé ses talents d’athlète.

La police, plus exercée à chanter la Marseillaise qu’à courir le mille mètres n’a jamais pu le rattraper et c’est tant mieux. Un pauvre qui fait le bras d’honneur à la fourrière des « attrape sans le sous », c’est un homme de plus qui montre la voie de la sagesse.

La police ne voulant pas repartir les mains vides, a choisi de mettre en garde à vue une vice-présidente de la ligue des droits de l’homme et le secrétaire départemental de la CGT qui assistaient à l’audience dans le cadre de leurs fonctions. La représentante de la LDH a été relâchée après cinq heures de plaisanteries vexatoires issues de cerveaux limités par un manque d’exercice.

Quand à Michel Beurier, après avoir été menotté dans le dos, humilié, traité comme un dangereux délinquant d’une zone non aseptisée de Vitrolles, il est mis en examen pour aide au séjour irrégulier (art. 21 de l’ordonnance de 2 novembre 1945 modifiée par Pasqua puis Chevènement) ; il encoure une peine de dix ans de prison et 5 millions de francs d’amende. Ce à quoi s’ajoute violences sur agent de la force publique par plusieurs personnes avec préméditation : 3 ans de prison et 300 000 FF d’amende.

Après la criminalisation des sans-papiers, voici venu le temps, pour le gouvernement Jospin de rompre l’échine de tous ceux qui entreront en résistance pour lutter contre les infamies commises au nom de la préférence nationale.

À Clermont-Ferrand, les sans-papiers occupent l’église Jeanne-d’Arc depuis cinq mois. Pour cinq familles et deux célibataires, le couperet est tombé : leur demande a été rejetée en recours hiérarchique. Le collectif 63 de soutien aux sans-papiers reste déterminé à obtenir des papiers pour tous les sans-papiers, et l’abrogation des lois Chevènement. Quant à ceux qui ont obtenu un titre de séjour, il leur reste à débourser 4 730 FF pour une famille et 2 570 FF pour une personne, faute de quoi, le processus de régularisation ne sera pas validé. Décidément, la liberté, c’est bien une question de fric !

Martine
groupe Spartacus (Clermont-Ferrand)





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