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Un Puissant mouvement populaire

Le jeudi 23 octobre 2003.

Plus de 3 000 mineurs de Huanuni, qui se dirigeaient vers la ville de La Paz pour se joindre aux protestations contre la vente du gaz et pour la démission du Président de la République, Gonzalo Sánchez de Lozada (surnommé Goni), ont été stoppés le matin du 15 par les militaires au niveau de Patacamaya (communauté indienne), à une centaine de kilomètres de la ville de El Alto, l’affrontement a une fois de plus été brutal et mortel, alourdissant le bilan de deux décès et plus d’une quinzaine de blessés par balle, dont un journaliste. Les militaires en ont profité pour dépouiller les mineurs de leurs affaires personnelles, prétendant chercher la dynamite qu’ils emporteraient avec eux.

Un autre convoi d’hydrocarbures est arrivé non sans-difficultés à La Paz, à cause des wagons de train qui ont été placés en travers de l’autoroute qui lie La Paz et El Alto par les manifestants, depuis la nuit de mardi à mercredi à El Alto. Le convoi a littéralement été assailli à son arrivé par la population de La Paz qui commence sérieusement à manquer de nourriture et gaz à cause des blocages de routes commencés il y a plus de quatre semaines et demi par les paysans.

Dans l’après-midi du mercredi 15, différents journaux critiques envers le gouvernement ont subi la vindicte des militaires, empêchant leur publication dans les prochaines semaines, mettant gravement en question la liberté de presse dans un pays « démocratique ». Les journaux El Juguete rabioso, El Pulso et El Diario, pour avoir demandé la démission du président de la République, sont interdits de publication.

Les chaînes de télévision Cadena A et RTP ont également été l’objet de tentatives d’intervention militaire, mais les mobilisations populaires ont réussi à empêcher la fermeture des studios, leur permettant de continuer leur travail journalistique critique et la lutte pour la liberté d’expression. Mais les radios émettant depuis Oruro, Pío XII et Canal 13 n’ont pas eu la même chance puisque leurs locaux ont été victimes d’un attentat à la dynamite, empêchant la diffusion des émissions depuis la soirée de mercredi.

Le vice-ministre des Pensions a démissionné, alors que le président « Goni » lisait le nouveau manifeste du gouvernement, accompagné de Manfred Reyes, fasciste ex-paramilitaire et président de la Nouvelle Force républicaine (NFR), parti populiste de la coalition, et de Jaime Paz Zamorra, leader du MIR, Mouvement de la gauche révolutionnaire (plus de droite que de gauche malgré son nom). Ce manifeste propose tardivement : un référendum à titre seulement de consultation au sujet de l’exportation du gaz, une révision de la loi hydrocarbures avec en préliminaire une consultation des entreprises pétrolières afin d’augmenter les bénéfices du pays, etc. Il n’y a eu aucune allusion aux morts lors des affrontements. Le gouvernement espérait calmer les esprits avec ce manifeste, mais aujourd’hui une manifestation de plus de 100 000 personnes a mis en évidence le refus de cette proposition démagogique et tardive qui aurait pu éviter la mort de plus de 75 boliviennes et boliviens (selon la Ligue des droits de l’Homme). Ce manifeste démontre le cynisme et le culot du gouvernement, et en particulier du répresseur Goni, croyant qu’ils représentent la « démocratie » de ce pays. Toute personne qui s’oppose au gouvernement est traitée de terroriste, de narcotrafiquant, d’ennemi de la démocratie, d’anarchiste et de délinquant.

Jeudi à l’aurore, les vigies ont repris dans les rues des quartiers de El Alto, dans un climat d’insécurité suite aux nombreux témoignages diffusés par Radio Erbol de persécutions des dirigeants des associations vicinales de la part des militaires qui passent de maison en maison dans les quartiers de Brasilia, Rio Seco, et Villa Adela. À Ciudad Satélite, les voisines et voisins des antennes appartenant aux médias audiovisuels craignent les attentats des militaires, comme moyen d’empêcher la diffusion des émissions des chaînes et radios gênantes.

Tout porte à croire que ce climat d’insécurité correspond à l’imposition d’un état de siège dissimulé. Les vigies nocturnes qui sont des actes de protestation et manifestation contre les actions du gouvernement ont été l’objet de menaces de la part des militaires armés qui n’auraient pas hésité dans certains quartiers à tirer des rafales dissuasives.

La journée du 16 s’est caractérisée par d’énormes mobilisations de différentes régions du département de La Paz, qui ont convergé vers la capitale administrative de la République dont les rues ont littéralement débordé devant la masse de personnes présentes. Des affrontements dans l’après-midi ont déjà causé la mort d’une personne supplémentaire. Un pont aérien relie La Paz et Alto avec les autre grandes villes de Bolivie, afin de fournir des vivres et tenter de rompre les grèves, mais la hausse des prix de ces produits rend leur accès presque impossible pour la majorité des habitants.

Le vice-président de la République, Carlos Mesa a réaffirmé son désaccord avec la politique meurtrière du gouvernement, il a déclaré qu’il allait continuer à assumer ses responsabilités de vice-président tout en n’appartenant plus au gouvernement. Quant à lui, le gouvernement affirme que la position de Carlos Mesa est antidémocratique et aux objectifs douteux.

Le gouvernement répresseur se montre plus que jamais cynique, en proposant une ridicule indemnisation de 6 579 dollars américains aux familles des victimes. C’est le prix d’une vie humaine selon le gouvernement.

Nous devons aussi dénoncer le manque d’objectivité des canaux de télévisions internationaux tels que CNN, dans sa version « CNN en español », qui camouflent peu leur appui à Gonzalo Sánchez de Lozada.

Depuis hier des piquets de grève de la faim dans pratiquement tous les départements du pays ainsi qu’à l’étranger se sont multipliés, exigeant la démission du Président « répresseur » de la République, l’arrêt des massacres et la paix dans le pays. Les personnes en grève sont au nombre approximatif de 700.

Huayna Willa, Réseau de solidarité avec le peuple de Bolivie et de El Alto, le 16 octobre 2003





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