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Répression violente à Oaxaca

Le jeudi 11 décembre 2003.

Cet article a été écrit par quatre personnes ayant collaboré avec le Conseil indigène populaire d’Oaxaca-Ricardo Flores Magón (Cipo-RFM). Ils ont visité sept communautés et recueilli plusieurs témoignages. Le but de ces visites dans ces communautés membres du Cipo-RFM était de terminer le travail effectué par une camarade allemande : l’élaboration d’ une revue La Comunal qui donnerait une voix aux communautés indigènes et aux membres ou non du Cipo-RFM.

Nicolas, Relations internationales de la FA



Par-delà ses activités touristiques, Oaxaca abrite depuis le 16 octobre 2003 sur son zócalo (centre historique) le plantón du Conseil populaire indigène de Oaxaca-Ricardo Flores Magón (Cipo-RFM).

De manière simple, un plantón est un lieu de protestation permanent, en l’occurrence au pied du palais de José Nelson Murat Casaab, gouverneur de l’Etat d’ Oaxaca et membre du Parti révolutionnaire institutionnel (PRI) majoritaire au Mexique.

Qu’est-ce que le Cipo-RFM et pourquoi le plantón ?

Le Cipo-RFM a vu le jour en 1997 de par la volonté des indigènes de trouver une organisation qui les défende et les unisse face aux pressions gouvernementales. Organisation sans doctrine politique particulière sinon l’anarchie en projet de société et s’inspirant des idées de Ricardo Flores Magón, le Cipo-RFM n’a cessé de prendre de l’importance. Aujourd’hui il regroupe une vingtaine de communautés, indigènes ou non, soit à peu près 7 000 personnes. Le but du Cipo-RFM est de préserver et de restaurer l’autonomie et la culture communautaire, ainsi que d’appuyer tous ceux qui souffrent d’injustice et de discrimination. De ce fait, le Cipo-RFM leur donne une voix et des moyens de lutte, ce qui déplaît fortement au gouvernement mexicain.

Ainsi, ce 16 octobre, un groupe de paramilitaires a fait irruption dans la communauté de Santa María Yaviche (à environ 100 km d’ Oaxaca) qui compte un nombre important de membres du Cipo-RFM, faisant un mort et plusieurs blessés par balle. Selon les médias officiels, il s’agirait d’un « simple affrontement entre indigènes », chose difficile à croire quand on sait que le PRI s’efforce de diviser les indigènes afin d’exercer un contrôle total sur leur territoire. D’autre part, l’implication du gouvernement se confirme car les deux seules personnes reconnues par les habitants de Santa María Yaviche comme ayant participé à cette attaque ont été relâchées sans autre forme de procès. Précisons aussi que ces paramilitaires possédaient des armes de l’armée mexicaine et venaient d’une communauté voisine (Tanetze), chasse gardée du PRI. Depuis ce jour, les menaces envers les habitants de Yaviche ne cessent pas et le village vit dans la peur. Le Cipo-RFM s’est installé au zócalo pour dénoncer cette situation et demander que justice soit faite. […].

Santa María Yaviche n’est pas un cas isolé, et même si l’Europe a les yeux rivés sur le Chiapas, il faut savoir que des massacres ont lieu fréquemment dans l’Etat de Guerrero et que la répression en frappe beaucoup d’autres comme Chihuahua, Veracruz, Oaxaca, etc.

Victime d’une corruption endémique, le Mexique est à l’image du tiers monde. Il est la proie des multinationales tant européennes qu’américaines, soutenues par des gouvernements prétendument démocratiques. En effet, le PRI exerce une dictature sans égard depuis les années 20, et ce même s’il n’est plus officiellement au pouvoir depuis les dernières élections présidentielles en 2000. De par sa forte présence, il corrompt les plus démunis en leur proposant des pots-de-vin, et en engageant des paramilitaires indigènes pour justifier ses exactions. Ce problème n’est pas nouveau et n’est pas sur le point de s’achever car il semble que ce soit un tabou parmi la population. De plus, si l’on remonte cette chaîne de corruption, on se rend compte que le PRI n’est qu’un pantin des super-puissances de l’OMC qui, au nom du capitalisme sans frontière et du libre commerce, sacrifient les droits des personnes et surtout des indigènes. Les conditions de vie des populations des pays « en voie de développement » se sont délabrées ces dernières années, tandis que le niveau de profit généré par les filiales étrangères ne cesse d’augmenter. Aujourd’hui le Mexique mérite plus que jamais son surnom d’« arrière-cour » des États-Unis.

Les problèmes subis par les populations d’Oaxaca, de Guerrero, du Chiapas et autres peuvent sembler à des années-lumière de notre vie quotidienne occidentale. Et pourtant, des causes aux conséquences il n’y a qu’un pas et c’est justement dans notre quotidien, notre confort, notre alimentation qu’est l’origine de la misère de plus de la moitié des êtres humains. Enfin, dans ce même quotidien, on peut de manière individuelle prendre conscience de nos responsabilités et agir pour ne plus être ni victimes ni complices de ce système.

Julien, Gaëlle, Nicolas et Joann





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