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Privatisation : quand l’intérêt collectif se meurt dans l’intérêt particulier

Le jeudi 6 novembre 1997.

Les alternances successives des années 1980 entre privatisation et nationalisation ont montré l’importance du phénomène. On nationalise des entreprises qui périclitent (Rhône-Poulenc, Usinor, Péchiney en 1981). Leur gestion publique va permettre de réaliser les restructurations qui auraient été coûteuses pour les actionnaires privés, tout en laminant les capacités de résistance du personnel. Puis, après un redressement généralement qualifié d’exceptionnel, on privatise quelques années plus tard les mêmes entreprises.

Pendant cet intermède, la collectivité a payé une redistribution, telle qu’elle fonctionne souvent dans notre société, des plus pauvres vers les plus riches. En effet, la nationalisation s’effectue au prix fort pour masquer la contrainte de la situation (qui est insupportable pour un responsable de la gauche bêlante) alors que la privatisation s’effectue au prix faible pour montrer la bonne volonté de l’État, qui illustre ainsi sa fonction de régulateur-dominateur au service de la bourgeoisie.

Cette redistribution à l’envers a encore fonctionné avec France Telecom : l’action à 182 F tenant lieu de subvention aux propriétaires capitalistes, nouveaux bénéficiaires du travail des agents. Il suffit de constater que l’action est montée immédiatement à 205 F pour prendre conscience de cette sous-évaluation initiale. En l’espace d’une heure, la spéculation d’oisifs financiers leur aura rapporté 230 000 F pour 10 000 actions achetées.

Le profit contre la solidarité

La disparition du service public signifie la fin de la péréquation. Or, l’idée de péréquation, inhérente en principe à un véritable service public, est l’amorce d’une société où serait appliqué le principe communiste « De chacun selon ses moyens, à chacun selon ses besoins ».

En clair, cela veut dire que l’usage d’un service est déconnecté de sa rétribution. Par exemple, tout le monde finance l’école quel que soit l’usage que chacun peut en faire (on ne paie pas en fonction du nombre d’enfants scolarisés). En cela, les anarchistes défendent sur un plan économique l’idée de la production de services sous la forme de services publics, la critique essentielle tenant à la gestion non populaire de ces mêmes services dans notre société et notre aliénation par les technocrates qui se substituent aux citoyens.

Si on prend le cas d’Air France, dont la privatisation prévue-programmée est retardée, le problème apparaît clairement. Actuellement, les lignes excédentaires subventionnent en partie l’existence de lignes déficitaires. En clair, le voyageur du Paris-Marseille finance une partie du voyage Paris-Brest. Casser cette déconnexion revient à baisser le prix du Paris-Marseille et à relever énormément celui du Paris-Brest. C’est d’ailleurs ce qui se passe depuis le 1er janvier 1997 où les lignes aériennes sont ouvertes à la concurrence. Ainsi, la compagnie allemande Lufthansa a créé plusieurs lignes mais toutes sur des liaisons rentables, ce qui lui permet d’offrir des tarifs plus bas. On attend que la Lufthansa assure Paris-Brest !

Il en sera de même avec les privatisations programmées du Réseau ferré français ou de E.D.F. La privatisation nous éloigne toujours de ces principes de solidarité de base contenus dans le fonctionnement économique des services publics, sauf quand ceux-ci, comme c’est devenu la norme, sont déjà soumis par nos gouvernants au même fonctionnement qu’une entreprise privée.

Pour nous, défendre les services publics a une signification : c’est permettre la déconnexion entre l’usage des biens et leur financement. Cette démarche correspond à la nôtre si tant est que le contrôle et la gestion de ces services sont assurés par les usagers organisés. C’est parce que gauche et droite ont perverti l’idée même de service public qu’il est d’ailleurs si facile de les privatiser.

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