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Dieu est mort… Arafat aussi

Le jeudi 11 novembre 2004.

Mort cérébrale. Mort politique. Arafat a replié son keffieh. On ne pleurera pas celui qui a incarné la cause palestinienne, au point d’être déifié, transformé en icône. On ne regrettera pas celui qui a engendré le chaos en mettant différents services en rivalité, tant et si bien que « plusieurs factions de l’Autorité palestinienne se sont tiré les unes sur les autres » [1]. On ne se lamentera pas sur le sort (en définitive humain) de celui qui a monopolisé la représentation internationale, la sécurité et les finances. Le vieux Yasser a phagocyté le pouvoir, n’a ni cherché à le déléguer ni (évidemment) à le dissoudre au profit du peuple qu’il n’a cessé de dominer. Le choc est d’autant plus violent dans la rue palestinienne que soudain le ciel se vide, tout est possible. Beau et terrible à la fois. Il n’y a plus ni dieu ni maître. Que faire ? Se forger vite fait de nouveaux fers, histoire de conserver ses repères, ou forcer le destin ?

L’après-Arafat peut être une opportunité supplémentaire si les uns et les autres se décident enfin à changer radicalement de cap. Du côté des Palestiniens, il s’agit de tirer un trait sur les potentiels successeurs du « raïs », que celui-ci soit Abbas (le n° 2 de l’OLP, favori des puissances internationales mais détesté par la rue en raison de son enrichissement pendant la diaspora), Barghouti [2] (en prison pour avoir provoqué la seconde Intifada), l’un des trois autres candidats au titre ou quelque nouvel aventurier tenté par le poste de chef suprême de la nation.

Du côté des Israéliens, il faudra accepter de revoir le plan de désengagement de la bande de Gaza et du nord de la Cisjordanie ; dégeler le processus de paix. Ariel Sharon avait décrété l’arrêt des négociations et l’élaboration d’un plan unilatéral sous le prétexte qu’Arafat était « un obstacle à la paix » [3]. Enfin il faudra, réussir à passer outre la période de chaos qui risque de s’ouvrir. Accepter des demandes qui ne varieront pas chez les Palestiniens, telles que la reconnaissance du droit au retour des réfugiés. Et abattre ce mur de Berlin en plein Proche-Orient, qui attise les peurs et les haines.

De nombreux pacifistes prêchent pour un divorce des deux peuples. « Chacun dans ses frontières », disent-ils. Cette solution reporte l’échéance de nouvelles tensions, elle ne fait que retarder l’arbitraire et la xénophobie. Les anarchistes se sont toujours prononcés pour l’abolition des frontières, dans lesquelles ils voient les traces géographiques de la domination, et pour le regroupement des humains selon leurs affinités. Avec la suppression des frontières, les questions de territoires « occupés » et de colonisation s’essouffleraient progressivement, n’étant plus fondées.

Bien que, à l’annonce prématurée du décès de Yasser Arafat, Bush ait déclaré : « Nous continuerons à travailler en vue d’un État palestinien libre qui soit en paix avec Israël [4] »), sa réélection sera sans doute bien plus une chance pour le gouvernement israélien que pour les autorités palestiniennes, mises à l’index par le gouvernement US suite aux nombreux revirements d’Arafat. Quant aux peuples israélien et palestinien, ils n’ont rien à gagner au jeu de chaise musicale à la tête des États. Bush, re-Bush, Sharon, Arafat ou un autre, qu’importe. Si l’écrasante majorité de ces deux populations ne le réalise pas encore, elles souffrent pourtant tant à cause du conflit qu’à cause de leurs dirigeants respectifs. Des dirigeants qui entretiennent la guerre civile pour justifier leur rôle et défendre des valeurs abstraites comme la religion et la patrie. Créant des douleurs bien concrètes.

Olivier


[1La Libre Belgique, 5 novembre.

[2Koreyié (ne jouit pas d’une grande popularité), Dahlane (l’homme de la sécurité dans la bande de Gaza) et Rajoub (un « pragmatique », responsable de la sécurité nationale). La Libre Belgique, 5 novembre.

[3La Libre Belgique, 5 novembre.

[4La Libre Belgique, 5 novembre.





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