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Salmigondis syndical

Le jeudi 5 juin 2003.

Comment ça avait commencé en mai 1968 ? Était-ce prévisible ? Aurions-nous été plus loin si on avait eu Internet ? Pourquoi Georges Séguy ne lisait pas les journaux pour se renseigner sur Daniel Cohn-Bendit ? Autant d’« interrogations » sur ce qu’il est convenu d’appeler les « événements de la fin des années soixante ». Ca fait plus de trente ans et il y a au moins une chose que l’on peut affirmer : rien ne se passe comme prévu !

Si on avait dit aux militants de la « jeune » CFDT d’alors que la CGT du xxie siècle doublerait sur sa gauche la centrale du square Montholon et que FO appellerait à la grève générale ! C’est dire le chemin parcouru par la CFDT depuis l’après-68 ou elle laissait s’exprimer sans entraves la colère ouvrière et faisait référence à Pelloutier et à l’anarchosyndicalisme. Les militants libertaires qui y avaient investi l’énergie de leurs jeunes années furent ensuite montrés du doigt voire exclus. La confédération avait besoin de cotisants, plus de forces militantes, c’était déjà cruellement vrai il y a plus de vingt ans, que restera-t-il après les dernières pantalonnades de Chérèque ? Et les drapeaux CFDT rouge et noir des grèves de 95 ont-ils sombré dans le défaitisme ou fleurissent-ils dans d’autres horizons ?

La CGT, qui se présente encore comme une forteresse du mouvement ouvrier, montre déjà les signes inquiétants de recentrage. Prenons bêtement l’exemple du nerf de la guerre : les cotisations. Au dernier congrès a été repoussée à un autre congrès la réforme qui consistera à payer directement à la confédération au lieu du syndicat de base comme cela l’est actuellement. Il y a quelques décennies la CFDT avait procédé de la même manière pour disperser dans le vent ses diverses oppositions. Triste remake actuel à la CGT ?

Tout était bon pour adhérer à la CES (Confédération européenne des syndicats) où l’on façonne le syndicalisme de proposition en jetant aux oubliettes tout syndicalisme de contestation. La CES a eu la semaine dernière son congrès à Prague [1]. Sur fond de conflits sociaux on pourrait croire que ces gens même en faisant dans la réforme seraient prêts à en découdre… Mais il semblerait que l’on s’y borne à constater que, malgré les efforts de la social-démocratie, le capitalisme est toujours aussi méchant. Ou à écouter Giscard d’Estaing (!) plaider pour le dialogue social. « On doit être sensible à ce que pensent les gens » aurait même déclaré l’Ex. Y’a pas à dire, il faut, dans le syndicalisme comme ailleurs, tout recommencer à zéro !

Jean-Pierre Germain


[1On y retrouve la CGT, CFDT, FO, les Trade Unions britanniques, la DGB allemande, mais aussi les « nouveaux entrants » de l’Europe de l’Est qui s’annoncent comme le cheval de Troie du libéralisme surtout sur les systèmes de retraite par capitalisation.





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