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On nous écrit…

Le dimanche 5 juin 2005.

Il y a quelques semaines, le gouvernement proposa une réforme des retraites. Mais quelle réforme ! Encore une nouvelle mesure pour mener la vie dure et impossible aux pauvres… Augmentation du temps de travail pour gagner moins, voilà à quoi cela pourrait se résumer, évidemment pour le petit peuple car eux, là-haut, leur retraite est aussi confortable que leur revenu ; comme toujours, les lois qu’ils créent ne les concernent pas. Puis il y a eu les protestations de la part des syndicats, et la grève presque générale du 13 mai.

Le soir, des discussions patrons-syndicats, pour éviter de trop violentes émeutes car le texte était déjà abouti depuis longtemps et les conversations ne pouvaient rien y changer car « ce n’est pas la rue qui commande », eurent donc lieu. Et un accord, enfin, accord est un mot trop pompeux car c’est un texte formé de profonds abandons des syndicats, et des concessions de surface de la part du patronat, texte duquel la CFDT déclara qu’il était tout à fait « acceptable ». « Tout le monde s’en réjouit », affirme Jean-Marie Thullis, l’homme chargé de négocier pour la CFDT. S’en réjouir ? D’abord de quel droit ose-t-il parler au nom de tous ? Et de quoi pouvons-nous nous réjouir ? Pour moi, il n’y a aucune raison de se réjouir. Au contraire, cela devrait nous inquiéter et provoquer en nous cette question « Jusqu’où vont-il aller ? » Je ne reviendrais pas sur les précédentes mesures déjà prises par ce gouvernement, cela serait trop long.

Il est vrai que ce Thullis correspond fort aux syndicats dont parlait Coluche : déjà en 95, il approuvait le plan Juppé ; il a rapidement tourné sa veste. Mais quelles ont été ces concessions ? La retraite au minimum à 85 % du Smic, au lieu de 75 %, le malus baisse de 10 % à 5 %, la retraite sera calculée sur les six derniers mois et non sur les trois dernières années. Laissez-moi donc rire, mais rire jaune. Mais de qui se moque-t-il ? Comment pouvons-nous vivre déjà avec le Smic, alors 85 % ; non, cela ne s’appelle plus vivre, mais vivoter, survivre… périr. Et les cotisations vont augmenter de 0,2 % ; le gouvernement promet que cette augmentation sera compensée par une baisse ailleurs, mais où ? Une baisse qui profitera aux plus riches ?

Ceci est « le maximum de ce que le gouvernement peut proposer », dit Fillon. Eh bien il ne peut pas grand-chose ; mais je remplacerais le verbe pouvoir par vouloir, cela serait plus proche de la réalité. Et il « demande au fonctionnaire un effort très important sur beaucoup de sujets et sur un temps très court » (toujours aux mêmes de se sacrifier). Quatre syndicats (FO, CGT, FSU, Unsa) dénoncent un accord conclu dans leurs dos, et je rajouterais contre les intérêts des travailleurs en faveur de ceux du patronat.

Évidemment, une solution est fort simple pour les retraites. J’entends partout qu’il faut sauver le système par répartition. Mais pourquoi ? Je ne vois guère en quoi ce système est génial. Au début, j’avais pensé que chacun épargnait ce qu’il voulait, mais une grande majorité gagne déjà si peu que cela lui serait impossible. Non, il faut prendre l’argent où il est. Dans son intervention sur France 2 dans « 100 minutes pour convaincre », émission qui porte mal son nom, Fillon ne cessait de parler de solidarité entre les Français, son seul argument d’ailleurs, qu’il le mette donc en application ! Là où il est, l’argent ruisselle à flots, ses rivières sont si abondantes qu’elles n’auraient aucun mal à servir chacun.

Mais je me laisse emporter par mes rêves et j’oublie que cette solution est impossible, bien que de nombreuses personnes la proposent. Cela appauvrirait les gros bonnets. Non, cela n’est vraiment pas possible. Il leur faut préserver leur argent. C’est à nous, qui possédons infiniment moins, de nous sacrifier de nouveau, cela est si évident.

Amilkarv, lectrice du Monde libertaire





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