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Grèves et manifestations

Le jeudi 12 juin 2003.

Ils commencent à taper. Le gouvernement, faute d’obtenir l’arrêt des grèves et des manifestations par l’épuisement et la lassitude des salariés, s’est engagé dans deux nouvelles opérations : désinformation et répression.

Désinformation, l’affaire a été lancée de longue date, voire de très longue date, l’un des premiers rapports dans le domaine des retraites fut celui du sieur Rocard il y a quinze ans. Les inepties de l’époque sont à la base du projet d’aujourd’hui notamment l’allongement de la durée de cotisations aux seules fins d’ouvrir la porte aux fonds de pension.

Puis dans les dernières semaines, le gouvernement a lancé les grosses opérations de publicité-propagande dans les médias et, pour la première fois, dans un marché public sans limite de coût. Ces mannes financières rendent objectivement cette presse, indépendante jusqu’aux limites de son capital, apte à une meilleure compréhension des décisions de Raffarin ! Enfin, tout cela n’a pas suffi, l’État a donc recours aux vieilles méthodes :
— Contrôle strict de l’expression de l’appareil d’État : le nombre des manifestants est volontairement minoré par la direction des Renseignements généraux. Le contrôle des hauts fonctionnaires à la tête des services publics s’est accru. Petit doigt sur la couture du pantalon, garde à vous !
— Les officines paragouvernementales sont de retour : les affiches pro-réforme des retraites sur les murs fleurissent.
— « Ces drôles de manifestants » sont de retour, ceux qui arrivent avant la manif, poussent les autres à agir et sortent les appareils photos lors du passage à l’acte.

Mais, au-delà, le gouvernement a compris que sa réforme passera uniquement en force et avec l’usage de la force. Nous en sommes là, et les grévistes et manifestants vont devoir y faire face. À Calais, le pouvoir a tapé. Quatre salariés des autoroutes du sud de la France sont sur la sellette et risquent le licenciement. Deux manifestants à La Rochelle sont mis en examen. La chasse aux grévistes s’organise sur les réseaux SNCF et RATP. Les occupations tolérées hier sont durement réprimées aujourd’hui.

Oui, la violence s’installe dans l’action, mais c’est l’œuvre de l’État et de lui seul. Inéluctablement, les travailleurs vont devoir se défendre. Il ne s’agit pas de tomber dans une mythologie digne de l’Armée rouge, pas de général Trotsky ; ni même de vouloir singer la colonne Durruti. Mais d’expliquer sereinement qu’il faut s’organiser y compris dans ce contexte. Le contrôle des assemblées générales de grévistes doit se renforcer tant sur la nature que concernant la réalisation des actions. L’AG doit demeurer souveraine dans tous les cas. Les petits chefs resurgissent rapidement dans ces périodes. La victoire du mouvement peut en dépendre faute d’aboutir à la généralisation de la grève.

Tous ceux et celles engagés dans la grève n’appréhendaient pas forcément dès l’origine la portée du mouvement engagé. Avec la grève, de plus en plus comprennent qu’au-delà des pensions, retraites et décentralisation, il faut arrêter la marche du libéralisme. Comme le FMI qui déclare en soutien à Raffarin que les pays de la zone Euro doivent augmenter le nombre d’années en activité, Berlusconi réclame un « Maastricht » des retraites. La dimension du mouvement dépasse le seul cadre franco-français : voir la grève en Autriche.

Dans ces conditions, pas d’atermoiement, la violence est le fait de l’État et du patronat, ils nous oppriment, nous répriment. Les anarchistes dénoncent depuis de nombreux mois la criminalisation rampante du mouvement social. Les travailleurs sont au pied du mur, l’autodéfense est à l’ordre du jour.

Delgranados, groupe de Rouen





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