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Traction animale

Pas si bête que ça !

Le jeudi 12 juin 2003.

« Mettre à la disposition des humbles et des petits les moyens techniques d’atteindre leur autonomie alimentaire, leur indépendance. » C’est le but recherché initialement par Jean Nolle et ses émules. Ils n’opposent pas bêtement la traction animale à la traction mécanique. Mettre en avant la traction animale avec un matériel adapté se révèle une alternative intelligente aux moyens agricoles modernes souvent inaccessibles ou inutilisables.



Un cheval ou des bœufs tirant une charrue maintenue à bout de bras par un paysan aux manches retroussées avec en toile de fond des envolées de mouettes, c’est assurément beau comme une toile de Rembrandt. Comme un souvenir des temps passés soigneusement briqué sur une étagère de musée. ça fait rêver.

Ça peut même rendre un tantinet nostalgique. Mais…

Oh certes, certains, deux rescapés de la préhistoire, trois attardés du baba-coolisme naturaliste, quatre snobs en mal de sensation forte et quelques hordes faméliques d’Africains et d’Asiatiques pratiquent encore ce genre de « sport », mais à l’heure des satellites, de l’industrialisation et de la robotisation de l’agriculture, des engrais chimiques, des épandages par avion, de la division internationale de la production agricole… faudrait quand même pas charrier. Un cheval ou des bœufs tirant une charrue, ça ne peut faire que sourire…

Sourire !…

Est-il besoin de le préciser, si mon grand- père et le tien ont acheté un jour un tracteur (mon grand-père ayant quand même gardé ses deux juments parce que les animaux, c’est pas des choses qu’ont jette et que, pour aller se faire un plan pêche le dimanche après-midi, après la sieste, c’est quand même mieux d’y aller en carriole qu’en tracteur), c’est pas par hasard. À l’évidence le tracteur ça fatigue quand même moins le « chrétien ». Et donc…

Mais, cela étant, pourquoi opposer la traction animale à la traction mécanique ?

Qui parle de ça ?

Dans certaines circonstances, quand t’as des pentes d’enfer à cultiver, quand t’as pas de thunes pour t’acheter un Mac Cormick ou quand ce que tu veux cultiver nécessite de caresser la terre, pourquoi se priver de l’hypothèse traction animale ?

Faut vraiment être con comme un plouc scotché à Internet ou au Crédit agricole pour cracher dans la soupe.

Les camarades de Prommata [1] (promotion du matériel moderne à traction animale) ne sont mariés ni avec Internet ni avec le Crédit agricole. Ils sont tout simplement de bon sens.

Pour la plupart, ils ont des tracteurs. Mais, tous, ils ont compris que dans un certain nombre de cas la traction animale est une solution qu’il serait dommage de négliger.

Mieux, non content d’être de bon sens (ce que les ex-maoïstes parisiens reconvertis gauche caviar ou droits de l’homme de préférence loin de l’Hexagone qualifient de « sens commun »), ils font également dans l’intelligence et (beh oui) dans la révolution.

Dans l’intelligence car ils n’opposent pas bêtement la traction animale à la traction mécanique. Car leur association ne se contente pas de discourir mais offre des stages de formation au niveau du dressage, de la forge, de la soudure, de la bourrellerie, des documentations de toutes sortes, des démonstrations, des conférences…

Dans la révolution car ils ne vendent ni une solution miracle ni de la soupe.

Toute la technologie liée à la traction animale qu’ils mettent en avant est une technologie qui ne coûte pas cher et qui est maîtrisable (au niveau coût comme au niveau réparation) par M. Paysan-tout-l’monde.

Et beh oui, l’association Prommata, ça n’est pas une future nouvelle multinationale écolo bricolo thunes et compagnie.

Si elle vend du matos (et elle n’en vend pas bésef), elle offre surtout un savoir-faire. Un savoir-faire basé sur l’autonomie, le pas cher et l’écologie sociale.

ça vaut, bien sûr, pour le tiers monde. Mais ça vaut aussi pour des tas d’endroits de l’Hexagone. Et c’est pas passéiste pour deux sous.

Quand t’as d’la pente, quand t’as pas d’thunes, quand t’as des chevaux ou des bœufs à disposition, quand tu peux te démerder toi-même et pour pas cher de ton outillage, quand tu penses que cultiver la terre c’est pas obligatoirement la défoncer, lui mettre un sac (d’engrais chimique) sur la tête et lui foutre les tripes à l’air. La traction animale revue et corrigée par l’association Prommata t’offre même une petite brise de modernisme.

Prommata, c’est bien sûr une petite association ariégeoise. ça a pas d’sous. C’est pas à l’aube de convaincre le et les pouvoirs. Ni bien sûr les péquenots qui crèvent d’une pseudo modernité et du vampirisme made in Crédit agricole… mais va les voir, lis leurs publications et écoute un peu ce qu’ils racontent… et tu pigeras tout de suite.

Comme le disait Jean Nolle, ce vieux fou extraordinaire qui a pensé et conçu une traction animale et son outillage au service de l’écologie et des pauvres : « La génération actuelle n’a pas le droit de sacrifier les générations futures sur l’autel de ses fantasmes. Sauver l’animal de trait, c’est peut-être sauver nos descendants d’une grave crise due à l’appauvrissement des sols aussi bien qu’à la hausse des coûts. »

Pas l’droit, et c’est peut-être…

Merci camarades de Prommata de nous rappeler que la révolution, c’est tout à la fois une éthique et du rationalisme.

On a suffisamment peu l’occasion de le dire pour ne pas la louper.

Jean-Marc Raynaud


[1Prommata, La gare, 09420 Rimont, Ariège. Tél. : 05 61 96 36 60.





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