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éditorial du n° 1109

Le jeudi 5 février 1998.

Alain Madelin dirige une confédération syndicale. Ce n’est pas un mauvais scénario de politique-fiction. Non, c’est la scandaleuse réalité, enfin presque. Certainement trop occupé, Madelin a préféré déléguer son clone, Nicole Notat. Progrès de la génétique aidant, les références idéologiques de la doublure sont la parfaite réplique de l’original.

C’est ce que Notat a démontré une fois de plus le 19 janvier sur France Inter. Interrogée sur le mouvement des chômeurs, la dirigeante de la CFDT a affirmé ceci : « Je crois que la question n’est pas seulement de sortir d’une crise. La question est de savoir comment sortir de cette situation française qui fait que, depuis plus de vingt ans, nous avons finalement, sans avoir jamais osé le dire, fait le choix du chômage plutôt que celui de l’emploi. »

À première vue, le raisonnement parait assez brumeux. Mais tout s’éclaire soudain. Adhérente de la fondation Saint-Simon, Notat cite presque littéralement les analyses d’un certain Denis Olivennes, animateur de cette fondation. Dans le cadre de ce club de réflexion, cet économiste libéral a justement rendu public, quelques jours auparavant, une nouvelle « note », reprenant et approfondissant une « note » précédente intitulée « La préférence française pour le chômage ».

Proche de Laurent Fabius et ancien bras droit de Christian Blanc à Air France, Olivennes n’a pas l’habitude de faire dans la dentelle. Pour lui, le chômage « demeure l’effet d’une préférence collective, d’un consensus inavoué », « nous avons privilégié la protection du pouvoir d’achat au prix d’un chômage persistant ». Pour sortir de cette situation, il propose « une désindexation négociée des salaires réels par rapport aux gains de productivité » et une « baisse immédiate, massive et pérenne du coût du travail non qualifié » par « la suppression définitive des cotisations sociales des employeurs ».

La CFDT et le gouvernement adhérent à ce cadre idéologique libéral. Conjointement, ils ont dénoncé le mouvement des chômeurs. Main dans la main, ils tiennent à bout de bras la loi sur les 35 heures. Aujourd’hui, la vraie nature de ce projet apparaît clairement : une loi de Robien étendue multipliant les cadeaux au patronat sans contrepartie réelle. La loi sur les 35 heures ne se contente pas de maintenir l’essentiel des baisses de charges décidées par les gouvernements Balladur et Juppé, elle les étend massivement.

Selon ses propres chiffres, le gouvernement estime qu’il faut 10 milliards de francs d’allégement des charges sociales pour inciter le patronat à offrir 10 000 emplois supplémentaires chaque année. Dans ce cadre, chaque emploi nouveau que le patronat daigne créer accroît d’un million de francs le déficit public.

Jospin et Notat ont choisi leur camp. Pour les chômeurs les caisses sont vides. Pour le patronat, les milliards pleuvent.


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