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Projet Jospin des 35 heures

La Grande illusion

Le jeudi 5 février 1998.

Depuis l’analyse de l’avant-projet (Monde libertaire n° 1105), de nombreux événements relatifs à la réduction du temps de travail ont eu lieu. Nous allons les examiner afin d’être en mesure de suivre et surtout de participer aux débats qui rebondissent autour de la notion du « partage » du travail et des richesses.

Tout d’abord, et même si cela n’est pas surprenant, il faut évoquer les revirements spectaculaires du patronat. Rappelons-nous l’offensive généralisée du CNPF contre le projet de RTT dès le mois de décembre ; le 13 janvier le patron des patrons était même reçu par Chirac pour réaffirmer l’opposition ferme des patrons français. Le 26 janvier, virage à 180° : E.-A. Seilliere déclare qu’il « n’a jamais pensé que les 35 heures devaient entraîner des réactions de sanction de notre part […] » Enfin le même déclare à la presse que le CNPF étant « légaliste », il ne donnera pas de consignes à ses adhérents pour contrer la RTT une fois la loi votée.

Diantre ! Il faut dire qu’entre temps, le projet a été affiné par le tandem Jospin-Aubry. Au bénéfice des entrepreneurs, ce qui explique leur quasi amabilité. Aux avantages acquis dès la première mouture du projet des 35 heures, sont venus s’ajouter une prime majorée supplémentaire de 4 000 francs aux entreprises ayant au moins 60 % d’ouvriers et dont 70 % des salariés reçoivent au plus une fois et demi le SMIC. Puis une nouvelle prime s’ajoutant au dispositif initial a été prévu : ça va être Noël toute l’année pour les employeurs ! En effet, les très petites entreprises pourront bénéficier d’une aide supplémentaire de 1 000 FF en procédant à une embauche… à temps partiel. Et la cerise sur le gâteau, la création d’un nouveau SMIC. Devant tenir compte de la baisse des salaires minimaux, nos politiques au pouvoir ont assuré qu’un smicard bénéficiera des « 35 heures payées 39 » en gardant le SMIC mensuel. Par contre, ceux dont les entreprises ne passeraient pas à 35 h seront payés sur la base du SMIC horaire appelé « rémunération mensuelle minimale » dont on ne sait pas encore sur quoi va reposer la revalorisation. Selon Aubry, qui se défend de créer un deuxième SMIC, il n’y aura pas de perte de salaire grâce au paiement des heures supplémentaires. N’empêche, c’est une nouvelle brèche vers la disparition d’un salaire minimum interprofessionnel garanti pour tous.

Un projet dévastateur

Du côté des prévisions, on ne passera pas sous silence la cacophonie des études réalisées à partir des mêmes chiffres donnés par le gouvernement et qui donne de 700 000 créations d’emplois à… 100 000 ! Les ministères de l’Économie, de l’Emploi et l’OFCE n’arrivent pas à s’entendre sur les effets réels de la RTT pour combattre le chômage. Pourtant, le PS est sûr de lui : par vantardise ? La gauche plurielle qui s’est ressoudée après le recentrage de Jospin sur l’apparente divergence sur le mouvement des chômeurs défendra comme un seul homme le projet de RTT. C’est ça où le PS se passe d’elle pour les listes d’union aux régionales, sans doute. Mais nous lui rappellerons à chaque fois que possible sa contribution à un projet qui va laisser des traces profondes et durablement dévastatrices pour les salariés et les chômeurs. Non dans la finalité (baisser le temps de travail), mais dans sa conception et son application : annualisation, flexibilité, baisse ou gel des salaires, multiplication des statuts différenciés qui développera sans doute le corporatisme en cassant les offensives unitaires des salariés, minoration des heures supplémentaires, largesse des primes au patronat… tout ça sous couvert de justice sociale.

Côté social, justement, la tactique de la CGT orientant les occupations des locaux administratifs vers les locaux patronaux pour mieux effacer la responsabilité du gouvernement sur le sort des chômeurs, a fait long feu. Le mouvement des chômeurs semble être sur sa fin alors que rien n’est réglé sur le fond. Les manifs du mardi 27 janvier ont rassemblé quelques milliers de personnes à travers la France ; les mots d’ordre étaient troubles : pour les 35 h ? Soutien aux chômeurs ? à leurs revendications non satisfaites ? Tout cela à la fois ? On comprend bien ici tout l’intérêt de la construction d’un mouvement social autonome dans ses choix et ses orientations : cela évite de tomber sous le charme de la première sirène venue…

Toujours est-il qu’il convient de ne pas faire l’impasse sur ce qui nous paraît être l’essentiel, 35 heures ou pas : nous n’envisagerons jamais une réorganisation du travail en occultant la réorganisation sociale que cela implique. Les 35 h (ou 32, ou 30, au choix) ne résoudront rien pour tous les chômeurs et les travailleurs dont la précarité se généralise et se développe. La RTT n’est pas dangereuse pour les riches et leurs insolentes fortunes. Nous voulons travailler ensemble différemment, utilement, sans domination, sans peur du lendemain et avec une maîtrise réelle de la production et de la gestion des entreprises. Tout ceci dans un cadre de réelle répartition des biens et services produits, sans distinction d’origine ou de situation sociale, sans rechercher de profits. Tout ceci a un nom : l’autogestion généralisée de l’économie, l’égalité sociale et économique pour tous, bref le communisme libertaire.

En 1997, Total a enregistré un bénéfice record de 6,7 milliards de francs, Black et Decker a fait un bénéfice de 1,3 milliard de francs et annonce la suppression de 3 000 emplois. Pendant ce temps, D. Strauss-Kahn, ministre de l’Économie déclare : « la RTT crée d’autant plus d’emplois qu’elle s’accompagne d’une modération salariale ». Cherchez l’erreur…

Daniel
groupe du Gard


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