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Un Dimanche à Roissy

Le jeudi 9 avril 1998.

Après les commissariats, tribunaux, centres de rétention et autres dépôts, les sans-papiers et ceux qui les soutiennent finissent par connaître nos beaux aéroports symboles d’évasion et de… liberté. Ce dimanche 29 mars au matin nous étions quelques dizaines mobilisés autour des comptoirs d’embarquement d’Air Afrique pour tenter d’empêcher le départ de copains africains vers le Bénin, le Mali et le Sénégal. Un tract dénonçant le principe même des expulsions ainsi que leurs conditions inhumaines est distribué aux passagers.

Des compagnes et compagnons discutent avec les passagers les plus motivés qui promettent d’intervenir. L’embarquement terminé, commence l’attente. Notre action va-t-elle réussir ? Hors de l’aérogare nous scrutons les pistes. Décollera, décollera pas ? Un quart d’heure, une demi-heure, l’espoir grandit. Trois quart d’heure… Il y a des mouvements de voitures de police. Une heure. Des avions sont retardés mais le vol sur Cotonou est parti. Rien n’est sûr, il faut vérifier. On part vers Bobigny au tribunal qui doit statuer en cas d’expulsion avortée et qui siège sans désemparer qui parle des lenteurs de la justice ! Jusqu’au soir des militants y resteront sans obtenir d’informations précises sur le sort de tous les expulsés.

Tard dans la soirée un coup de fil venu d’on ne sait où nous informe que le copain béninois n’est pas parti, mais on ne sait toujours pas où il se trouve. Ce n’est que le lendemain soir que les militants toujours postés au tribunal de Bobigny le verront comparaître et être libéré par un juge peut-être moins borné que ses confrères. Il en ira de même pour les copains Maliens du vol pour Bamako. Alors il nous a raconté les menottes, les injures racistes, les menaces proférées par les deux flics qui l’accompagnaient, et aussi la magnifique réaction des 250 passagers, debout, exigeant et obtenant son débarquement. Les flics privés de leur gibier, mais aussi de la prime afférente et de quelques jours de détente sur les plages béninoises, ont juré qu’ils le retrouveraient.

Quand donc serons-nous libérés de tous ces Papon au petit pied, policiers, juges, fonctionnaires zélés qui s’emploient à nous soumettre au travers de frontières, nationalités et… papiers. La tâche est rude. Preuve en est cette institutrice d’une classe de CE1 de Montreuil, consciente de sa responsabilité citoyenne, qui fait travailler ses petits élèves — têtes non blondes comprises — sur le contenu de la carte nationale d’identité ! Il y a vraiment des coups de pied au cul qui se perdent

Oui, la tâche est rude. Le ministre de l’Intérieur de la gauche plurielle n’a pas apprécié ces actions et leur résultat, et il a fustigé notre total incivisme qui, comme de bien entendu, fait le jeu de l’extrême droite. Il a donc pris les mesures qui s’imposaient et c’est pourquoi ce mercredi 1er avril dans le quart d’heure qui a suivi notre arrivée à Roissy nous fûmes interpellés, conduits dans les locaux de la Direction du contrôle de l’immigration à 4 km de là, et relâchés 3 heures plus tard après un sermon inspiré par Chevènement « vous avez entendu les déclarations du ministre de l’Intérieur… » avec menaces en cas de récidive « c’est gratuit cette fois ci, mais la prochaine fois gare aux dispositions prévues pour l’aide aux étrangers en situation irrégulière… ! ».

Nous voilà prévenus ! On continue…

Groupe Étoile Noire


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