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Chevènement : maîtrise des flux et diarrhée verbale

Le jeudi 16 avril 1998.

Mercredi 8 avril, les députés ont définitivement adopté la loi Chevènement. Intervenant après le grand recul de la loi Pasqua, les quelques avancées qu’elle contient sont très relatives. Citons quelques exemples : de nouveaux titres de séjour spécifiques pourront être délivrés aux scientifiques et aux grands malades, les consulats devront motiver les refus de visa pour certaines catégories d’étrangers, une « attestation d’accueil » se substitue au certificat d’hébergement.

La grande presse s’est largement étendue sur toutes ces « innovations ». Seule l’une d’entre elles est passée totalement inaperçue : le minimum vieillesse et l’allocation aux adultes handicapés (AAH) seront dorénavant étendus aux étrangers en situation régulière. Vous avez bien lu. Le Front national n’a jamais été au pouvoir mais l’État français appliquait en toute impunité la préférence nationale sur le dos de dizaine de milliers d’immigrés. Le constat qu’une telle entorse aux « principes républicains » ait pu ainsi perdurer pendant des années, sous des gouvernements de [manque morceau dans l’original papier.]

Réaffirmant la légitimité du contrôle des flux migratoires, la loi Chevènement ne remet pas en cause la logique de la législation antérieure. Pour améliorer l’efficacité de la machine à expulser, elle allonge même la durée maximum de la rétention administrative qui passe de dix à douze jours. Sur le fond, c’est bien la pérennisation de cette logique qui pose problème.

Une obsession liberticide

En France, depuis plus de vingt ans, la « maîtrise des flux migratoires » est devenue l’obsession de tous les gouvernements. Tout d’abord, les contrôles aux frontières ont été renforcé en multipliant les conditions nécessaires à l’entrée sur le territoire. Les visas ont été rétablis, instruction étant donné aux consulats de ne les délivrer qu’avec parcimonie. Dans ce domaine, la règle est la suivante : plus une personne a de raisons de se rendre en France, moins il est conseillé de lui délivrer un visa. La première liberté à laquelle la fermeture des frontières porte atteinte, c’est la liberté de circulation.

Parallèlement, pour traquer les étrangers indésirables, l’État a multiplié les contrôles d’identité massifs tout en érigeant le séjour irrégulier en délit passible de sanctions toujours plus lourdes. L’obsession du verrouillage s’est accompagnée de l’obsession de la fraude. Tout immigré est ainsi soupçonné d’être un faux étudiant, un faux réfugié, un faux touriste ou un conjoint de complaisance.

Sous couvert de lutte contre l’immigration clandestine, les gouvernements successifs ont progressivement mis en place un système de fichage et de contrôle social, un système répressif et policier dont nous subissons tous les conséquences liberticides.

Une contestation superficielle

À gauche, l’action et les propos du ministre de l’intérieur ne font pas consensus mais la contestation, fragile et trop politicienne, n’engage pas le débat sur les racines du problème : la nécessaire remise en cause du principe de « maîtrise des flux migratoires », xénophobe dans ses conséquences pratiques et de toute façon inapplicable.

Les Verts s’agitent aujourd’hui mais rappelons-leur que Voynet déclarait, en septembre dernier, pour justifier la non-abrogation des lois Pasqua-Debré, que l’« on ne fait pas de la politique avec des mots ».

Pendant que Braouezec, député-maire de Saint-Denis, s’engage aux côtés des sans-papiers, d’autres députés communistes préfèrent aujourd’hui se taire. Ils étaient plus loquaces il y a quelques mois. En octobre 1997, Patrice Carvalho, député PCF de l’Oise, s’interrogeait alors en ces termes : « Comment peut-on accepter des étrangers qui vivent comme des sectes, alors que les sectes sont interdites en France ? Des Roumains en caravane qui viennent pour recevoir le RMI, ce n’est pas logique. »

La tyrannie du national

Au-delà même de ses scores électoraux, la victoire politique fondamentale qu’a remportée le Front national est d’avoir réussi à rendre légitime un débat public centré sur l’équation : « immigrés = menace pour l’identité nationale ». Affronter Le Pen sur son terrain, celui du nationalisme, signifie accepter sa problématique.

C’est pourtant ce que prétend faire Chevènement, enfermé dans sa logique, un drapeau à la place du cerveau. Volontiers donneur de leçon, il évoque « la bête qui prospère lorsque les forces du progrès laissent en jachère l’idée de nation ».

Sur ce terrain glissant, son vieux complice Max Gallo s’est aventuré sans retenue. Allant jusqu’à affirmer que, par-delà les clivages politiques et sociaux, seule l’entité « nation française » importe réellement. Ainsi, il en vient à déclarer : « J’assume Thiers, Céline et Brasillach » [1]. Défendre le boucher de la Commune de Paris et deux écrivains antisémites, serait-ce la perspective antifasciste que nous propose Chevènement ?

Mouloud
groupe Durruti (Lyon)


[1Le Monde, 15/02/97.


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