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La Stratégie d’Allègre

Le jeudi 15 octobre 1998.

Avant l’émergence du mouvement lycéen, la rentrée sociale dans l’éducation paraissait bien sombre. Au-delà des querelles de chiffres, les journées de grèves du mois de septembre à l’appel de la FSU, le syndicat majoritaire, ont été médiocrement suivies. Estimant ce moyen d’action largement inefficace, les enseignants ont de plus estimé qu’elles étaient sans réel enjeu.

Après la grève du 24 septembre, la direction du SNES, composante de la FSU regroupant les enseignants du secondaire, en plein désarroi, a proposé à ses adhérents d’envoyer une pétition à Matignon sollicitant la « protection » de Jospin contre Allègre et demandant au Premier ministre « de prendre toute mesure visant à mettre un terme aux attaques et outrages dont ils sont l’objet ». Heureusement pour les dirigeants du SNES, le ridicule ne tue pas mais les perspectives d’une telle initiative sont bien évidemment nulles.

Pis, elles soulignent les illusions que ses auteurs entretiennent sur la gauche au pouvoir en général et sur Jospin en particulier. Homme de confiance et ami personnel du Premier ministre, Allègre ne joue pas solo. Bien au contraire, Jospin lui a confié une difficile mission sur laquelle se sont cassés les dents tous les ministres de l’Éducation depuis une quinzaine d’années : attaquer progressivement le statut des enseignants tout en favorisant l’éclatement du service public d’éducation pour accentuer sa soumission aux besoins du patronat.

Pour mener à bien cette mission de longue haleine, Allègre ne part pas dans l’inconnu. Ces « dérapages » verbaux à répétition ne sont pas des accidents, ils participent au contraire d’une stratégie. Allègre joue « l’opinion publique » contre les enseignants. Sa partition est connue, il reprend à son compte et cherche à renforcer les pires préjugés sur les fonctionnaires, « des privilégiés incompétents et absentéistes », qui existent incontestablement dans une partie de la population.

Deuxièmement, il tente de tirer parti des divisions syndicales, attaquant frontalement le SNES tout en essayant d’obtenir les bonnes grâces de la FEN ou même d’autres composantes de la FSU. Parallèlement, et ceci malgré son impopularité record chez les enseignants, il tente d’attirer l’oreille d’une partie d’entre eux en soulignant démagogiquement les incontestables lourdeurs de la gigantesque machine bureaucratique qu’est l’éducation nationale.

Troisièmement, Allègre pratique un travail de sape méthodique. En multipliant les emplois-jeunes, il favorise l’éclatement des statuts tout en introduisant dans la forteresse Éducation nationale des dizaines de milliers de salariés précaires et payés au smic. Parallèlement, il remplace sur de nombreux postes des MA, maitres-auxiliaires, par des contractuels dont le statut est encore bien pire. Pour ce qui est des anciens MA nouvellement titularisés après avoir réussi un concours spécifique, ils seront rémunérés grâce aux transferts de crédits jusque là attribués à des postes de surveillant, qui sont naturellement supprimés.

Patrick
groupe Durruti (Lyon)





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