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Les Antipubs devant le tribunal

Le jeudi 29 janvier 2004.

La RATP et Métrobus réclament 980 000 euros en justice aux activistes antipublicitaires du métro parisien. Une conférence de presse a permis, le 27 janvier, de faire le point. En voici le texte.



Une vague de désobéissance civile touche Paris depuis octobre 2003 et s’est étendue aux principales villes de France. Un appel public a été relayé sur le site Stoppub pour s’attaquer à la publicité (stopub.ouvaton.org dans un premier temps, puis www.stopub.tk). Principe : recouvrir les affiches, faire une croix noire, s’exprimer… Dans un cadre de non-violence et d’action joyeuse et assumée, des personnes sont venues spontanément de tout horizon : précaires, intermittents, étudiants, antipub ainsi que des professions de la fonction publique ou tout simplement des citoyens concernés.

17 octobre 2003 : 300 personnes se présentent aux sept lieux de rendez vous proposés à Paris. Les publicités 4x3 (quatre mètres sur trois mètres) du métro parisien sont couvertes sur la quasi-totalité des lignes. Métrobus, la régie publicitaire de la RATP, filière du groupe publicitaire Publicis porte plainte contre X. Elle assigne notamment l’hébergeur du site, Ouvaton, pour obtenir le nom des responsables.

7 novembre 2003 : nouvelle action sur sept rendez vous : 600 personnes investissent le métro parisien. Plusieurs villes de France continuent d’emboîter le pas. Les médias sont intrigués car il n’y a pas de chef, pas de porte-parole, pas d’organisation ni d’association, encore moins de centralisation ou de structure pyramidale. En fait chaque participant, responsable de ses actes, peut s’exprimer en son nom propre.

28 novembre 2003 : troisième action. Métrobus a mis en place de gros moyens pour contrer cette nouvelle offensive. Près de mille personnes viendront… 276 interpellations exactement ont lieu alors que l’action n’est pas commencée. En France, plus d’un quinzaine de villes ont agi…

19 décembre 2003 : Malgré la pression, Paris réussira à faire l’action en mobilisant 500 personnes. À ce stade là, différents groupes autonomes se sont déjà constitués et des citoyens agissent en toute indépendance.

Deuxième quinzaine de janvier 2004 : Métrobus attaque assigne soixante personnes au « civil » en faisant valoir un préjudice de 980 000 euros et souhaite une condamnation in solidum. Elles sont assignées devant le Tribunal de grande instance de Paris, en première chambre. Utilisant la procédure « rapide », le procès aura lieu le 10 mars 2004. Les 60 participants présumés sont censés avoir eu au cours des actions un procès verbal pour graffiti et/ou dégradation d’affiches, excepté les deux personnes dont les coordonnées ont été transmises par l’hébergeur Ouvaton qui a mis en ligne le texte d’appel et mis en route le premier site.

Toujours à la recherche de boucs émissaires, espérant débusquer une organisation, Métrobus use de son puissant arsenal juridique et financier. La régie publicitaire s’attaque à des citoyens isolés qui ont décidé d’agir puisque les recours légaux et d’usage restent invariablement sans suite. Au lieu de remettre en cause son artillerie publicitaire, la régie s’entête ne mettant en avant que ses éventuels dommages économiques, qui restent à démontrer. Il est vrai que le marché de la publicité était déjà effondré en 2003, et que les usagers du métro tentent autant qu’ils peuvent de faire abstraction du matraquage publicitaire. Aujourd’hui, des centaines de personnes se sont investies, faisant le choix de se mettre délibérément en porte-à-faux avec la légalité.

En essayant de casser mécaniquement ce mouvement spontané et non-violent, la RATP refuse de se recentrer sur son rôle de service public et Métrobus refuse de voir les véritables enjeux démocratiques que bafoue le système publicitaire.





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