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Le 19 mai

une nouvelle étape de la mobilisation
Le jeudi 29 mai 2003.

Le 19 mai a été une nouvelle occasion, après la journée remarquable du 13 (cf. le dernier Monde libertaire) de donner à la rue l’occasion de se retrouver, de revendiquer, d’exister, de s’affirmer. Cette journée va permettre une nouvelle fois la jonction visible des revendications : décentralisation, retraites, baisse des moyens alloués aux services publics.

L’importance de cette jonction est de taille. Elle permet de faire reculer les revendications catégorielles, cimente l’unité à la base, établit des liens entre secteur privé et public, entre fonctionnaires et usagers… Un pas de plus vers la grève générale interprofessionnelle ? Rapide tour des mobilisations parmi les plus signifiantes en France, en province.

En Bretagne, à Rennes, les 20 000 manifestants ont vu de nombreux militants CFDT (cheminots et d’autres) mais avec leur badge CFDT avec le sigle à l’envers ou « CFDT en colère ». Les communaux de la ville de Rennes (énorme section CGT) ont mis une ambiance de feu. Ils ont pu venir au dernier moment, contre l’avis de leur direction syndicale.

À Strasbourg, et plus généralement dans le Bas-Rhin (fief de la CFDT et de la CFTC), la journée du 19 mai n’a vu qu’un petit millier de personnes se rassembler place Broglie. Mais plus intéressante a été l’AG départementale des personnels de l’éducation qui a précédé : les choses se sont clarifiées, et tout le monde a pu voir à l’œuvre certains leaders syndicaux freiner des deux pieds. À l’issue de cette AG houleuse et qui a bousculé des fonctionnements très institutionnels, c’est la position du lycée Pasteur de Strasbourg, très mobilisé et en grève depuis dix jours qui a proposé la motion adoptée dans leur établissement : retrait de la réforme Fillon, 37,5 ans pour tous, retrait du projet de décentralisation, maintien mi-se et aides-éducateurs, notamment.

À Lyon, entre 10 000 et 15 000 manifestants sous la pluie avec de très forts contingents Éducation (7 000 à 9 000). Très gros cortèges des établissements en lutte et grosse présence CGTiste, et un cortège de la CNT dont le sigle figurait d’ailleurs sur la banderole de tête de la manifestation. Une grosse AG (400 personnes) a voté ces trois motions : sur la réaffirmation du droit de grève (concernant les examens), sur la condamnation des violences policières et des militants UMPistes à l’encontre des collègues, sur la réaffirmation des revendication : retrait du plan Fillon, abrogation de la réforme Balladur, rejet de la décentralisation. La grève reconductible progresse dans l’EN du département.

À Avignon, il y avait 18 000 manifestants. L’éducation nationale a amené les deux tiers des troupes. Leur cortège s’est étiré sur le boulevard extérieur, et la jonction avec l’autre manifestation (place de la Gare) s’est faite sous les acclamations (gros moment d’émotion) et ils ont eu droit à une haie d’honneur. Leur défilé a duré au moins une demi-heure. Toutes les villes du Vaucluse devaient être représentées. Des militants CFDT ont pris part à la manif (UD comprise) et ont été chaudement applaudis quand ils sont entrés en queue de cortège sur la place du Palais-des-Papes. Présence tonique des SUD : « À bas le capital, notre bombe à nous c’est la grève générale. »

À Arles, la manif a rassemblé près de deux mille personnes, ce qui est très important pour cette petite ville méridionale.

Là aussi, ce sont surtout les enseignants qui sont mobilisés, vont à la rencontre des autres secteurs du monde du travail : 75 % d’enseignants grévistes, la plupart des établissements fermés, des AG avec décisions prises à la base, l’ambiance plutôt festive et inventive, et la détermination très forte quant au retrait des projets de décentralisation et du projet Fillon, ainsi que sur la revendication de 37,5 ans pour tous : le sentiment qu’il s’agit d’une bataille décisive est très largement partagé.

À noter des actions de parents d’élèves (FCPE ou non) aussi : écoles fermées, piquets de grèves, soutien aux enseignants, etc. Des actions à peu près tous les jours depuis. En vrac , défilés enseignants tous les jours jusqu’au 19 mai, occupation du pont de Trinquetaille le 20 mai de 11 heures à 13 heures, délégation à Salon-de-Provence pour la venue de Chirac (cinquantenaire de la Patrouille de France), dépôt du bouquin de Ferry devant la sous-préfecture, rencontres avec les parents d’élèves dans de nombreux établissements…

À Nimes, 15 000 à 20 000 personnes ont à nouveau défilé dans les rues. De très nombreuses délégations de tous les secteurs publics étaient là, le privé étant le grand absent du cortège. Commencée à la Maison Carrée pour finir à la préfecture, cette manifestation avait des relents de décembre 1995 : fraternité, sourires, sentiment confus de partager beaucoup dans ces moments-là et dans la lutte sociale. Comme dans beaucoup d’autres villes, les libertaires (CNT, FA, No pasaran) étaient présents.

Lancelot Dulac est militant au groupe Gard-Vaucluse de la FA





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