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Marseille

Action directe au meeting de la gauche plurielle

Le jeudi 19 mars 1998.

Mercredi 10 mars, un collectif composé du Comité Anti-expulsions, de l’APOC, de la FA, du Scalp, d’Agua Calientes (zappatistes), de la CNT-Vignolles, de Dissensus (situs) et d’autres individus avait décidé de tenter une action pendant le meeting de la « gauche plurielle ». Ce meeting, le plus important de la campagne, a rempli une salle de 5 000 personnes, pour la plupart des encartés convoyés par cars entiers de différentes sections et cellules de la région pour écouter religieusement leurs leaders (esclave, vote et tais-toi !).

Il s’agissait de protester contre les expulsions des sans-papiers. Et plus précisément celle de Kader, insoumis au service national algérien et expulsé quinze jours plus tôt. Ce jour là, nous étions une trentaine à la Joliette. Deux camarades ont plongé pour empêcher le bateau de partir, en vain. Une équipe de Canal + suivait notre action mais s’est faite interpellée. Avec la disparition de la caméra, les keufs se sont lâchés : coups, interpellations, propos racistes, etc. Les dernières nouvelles concernant Kader ne sont pas rassurantes.

Nous voulions donc interpeller Chevènement sur ce sujet, ainsi que sur les centres de rétention. Nous avons dû attendre que tous les autres « chefs » prennent la parole avant l’intervention du premier flic de France. C’est peu dire que ce fut très dur d’entendre tous les orateurs. Le candidat à la présidence, Vauzelle, prit la parole le premier ; son programme est extrêmement simple : barrer la route au FN et à Léotard. Il nous fit beaucoup rire en lançant un « Nous, le peuple » qui faisait obscène dans sa bouche. Ce fut ensuite au tour d’un communiste qui félicita le gouvernement pour son milliard distribué aux chômeurs (alors que l’intendance de Matignon coûte à elle seule 4 milliards). Il salua aussi le mouvements des chômeurs (sûrement la CGT dans son esprit). Comme pas mal d’entre nous militons avec AC ! depuis le début du mouvement, cela rajouta au malaise. Un écologistes intervint par la suite, il nous affirma que les politiciens présents étaient des révolutionnaires, autant vous dire qu’il nous était de plus en plus difficile de nous contenir. Passons sur le discours de Zuccarelli qui endormit même ses militants. Ensuite, Guigou, « la » Garde des sceaux nous lit un petit discours sur l’honneur de la république…

Cela faisait deux heures que nous subissions ce martyr, quand ce fut enfin le tour de notre cher ministre de l’Intérieur. À ce moment, nous nous vîmes, sifflets en bouche, et brandissant nos banderoles : « Kader, la honte », « Des papiers pour tous », « France : terre d’asile ? », « Non aux expulsions ». Profitant de la surprise, deux copains montèrent sur la scène pour approcher le micro, un seul y parvint mais il fut vite neutralisé par le service de sécurité. Nous réussiment à rester dix bonnes minutes avant que le SO ne s’échauffe et nous pousse brutalement vers les sortie. Cependant, ils attendirent que nous nous retrouvâmes dans un sombre et étroit couloir, à l’abri des caméras, pour balancer quelques coups.

La surprise passée, le flic en chef essaya de rattraper le coup. Alors que tous ceux qui étaient passés avant lui avaient essayé de faire croire qu’ils tendaient la main aux étrangers, lui nous répondait qu’on ne pouvait pas s’occuper de toute la misère du monde. Même si la parole nous a été refusée (nous n’étions sûrement pas de dignes représentant du peuple…), la victoire a été pour nous de gâcher leur fête de la pensée unique, qui au vu de l’éclairage, de la sono et du décor a dû coûter pas mal de thunes. Les médias, tout heureux de l’événement (pour faire avancer la lutte, nous sommes pour l’instant obligés d’établir avec eux une sorte de symbiose), ont relativement bien rapporté l’événement (notamment Canal et M6). Cette opération nous a permis de faire passer le message que l’on voulait et faire prendre conscience à certains militants qu’ils étaient trahis par leurs représentants, que ce gouvernement appliquait des lois xénophobes. Expulsions, le FN en parle, les autres le font. Enfin, petite satisfaction, certains militants nous ont applaudi même si la majorité s’est ralliée à Chevènement en lui faisant une « standing ovation ».

À Marseille, la lutte s’organise à défaut de prendre de l’ampleur. Que ce soit au niveau des chômeurs, des sans-papiers ou de la lutte antifasciste, les actions deviennent plus efficaces car mieux organisées. De là vient sans doute du fait que c’est de plus en plus à la base que se prennent les décisions. L’autogestion a le vent en poupe, nous ne rencontrons que rarement des personnes hostiles à ce mode d’organisation.

Christophe et Stéphan
groupe de Marseille


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