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« Le Livre noir du communisme : crimes, terreurs, répression » Collectif

Une Sombre histoire

tentative pour clarifier un débat obscur à propos d’un livre noir
Le jeudi 27 novembre 1997.

Si la Shoa est une singularité absolue et indépassable, c’est parce qu’elle est la destruction voulue et programmée d’un peuple (aussi bien dans son acception ethnique que culturelle et historique), et non à cause du nombre de morts ou de la méthode employée - ampleur et méthode que le génie humain se montrera toujours capable de renouveler ad nauseum - , et si communisme bolchevique et nazisme peuvent « quelque part » être rassemblés, ce n’est certainement pas, comme beaucoup se complaisent aujourd’hui à (se) le faire croire, en jouant d’une ignoble comptabilité mortifère qui amalgame dans le meurtre de masse ce qui ne relève ni d’un projet politique semblable, ni d’une volonté préétablie comparable, ni d’un immonde fantasme commun. Ce « quelque part », c’est ce qu’Anna Arendt [1] définissait dès 1950 : le projet idéologique voulu, non comme proposition de gestion de la société, mais comme accomplissement de l’Histoire : la « volonté de domination totale », le « projet totalitaire ». C’est cela qui les rassemble, et cela seul !
Mais si communisme bolchevique et nazisme convergent dans ce projet totalitaire et dans son unique application concrète, le crime de masse, ils divergent profondément, radicalement (étymologie : jusqu’à la racine) par la conception de soi et de l’autre au regard de l’histoire : d’un côté une race des seigneurs qui ne peut réaliser son devenir historique que dans la destruction - ou la mise en esclavage - systématique de tous ceux qui n’en sont pas ; de l’autre côté une volonté de voir l’Histoire se réaliser par l’adhésion de tous au projet, ne reculant devant aucun moyen pour « obtenir » cette adhésion.

Il n’y a plus que les anarchistes (il n’y a d’ailleurs toujours eu qu’eux !) pour se souvenir que tout pouvoir, quel qu’il soit, est liberticide et qu’il peut l’être jusqu’à l’horreur ; pour comprendre aussi que ces horreurs se différencieront toujours et autant que les idéologies qui les justifient.

C’est pour avoir ignoré cette critique radicale (étymologie) du pouvoir que Stéphane Courtois, animateur de l’équipe d’historiens auteurs du Livre noir du Communisme, (qui continue de se revendiquer malgré tout maoïste !), dérive dangereusement, malgré l’éléphantesquement subtile invention du « génocide de classe », vers des rivages nauséabonds où pataugent et parfois s’enlisent des historiens, des pseudo-historiens et pas mal d’ex, néo, para, péri et ultra-léninistes.

Oui, le communisme bolchevique et le nazisme sont bel et bien une même immonde saloperie : le pouvoir - et le pouvoir absolu - ; et oui, il y a toujours un tas de pouvoirs différents produisant différemment des immondices différents. N’en déplaisent aux esprits rachitiques épris de simplifications étriquées qui voudraient nous enfermer dans un dilemme étroit : être révisionniste ou choisir entre rouge ou brun…

Jean


Éditions Robert Laffont, 830 pages.


[1Philosophe allemande, juive, née en 1906, militante active contre l’antisémitisme, exilée en France (1933), internée par l’administration pétainiste (1940), réfugiée aux États-Unis (1941), elle réalise son étude sur le totalitarisme de 1945 à 1951, puis la complète jusque dans les années 70 à la lumière des différents événements survenus dans les pays de l’est. Elle meurt en 1975. Pour les traductions françaises : Eichmann à Jérusalem, 1966 ; Le Système totalitaire, 1972 ; Sur l’antisémitisme, 1973 ; Compréhension et politique, 1980 ; L’impérialisme, 1982.


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