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Égalité économique et sociale pour toutes et tous !

Le jeudi 27 novembre 1997.

Samedi 15 novembre à Paris, une manifestation avec comme mot d’ordre « De vrais emplois pour toutes et tous, du temps pour vivre » s’est déroulée à l’appel du Collectif national des droits des femmes. Cette manifestation nationale est loin d’être un succès comme celle du 25 novembre 1995, où plus de 40 000 femmes et hommes, à l’appel de la CADAC, étaient dans la rue pour la défense des droits des femmes, notamment pour la contraception et l’avortement, contre la remontée de l’ordre moral, dans une période où les commandos anti-IVG fleurissaient. Elle a rassemblé 5 000 personnes, dont une grande majorité de femmes. Les cortèges les plus conséquents et les plus animés furent ceux des associations féministes, notamment celui du collectif Droit des femmes et celui des Femmes solidaires, proche du PCF. Les cortèges des organisations politiques et syndicales semblaient pour la plupart exsangues. En résumé, ce fut un cortège essentiellement militant !

À la lecture de la presse du lendemain, un certain flou est entretenu sur les réalités de cette manifestation. Les tenantes du collectif national avancent un ensemble d’arguments : c’est la première manifestation depuis le sommet social du 10 octobre, les syndicats mixtes n’ont pas mobilisé, les antifascistes étaient peu ou pas présents.

Une manifestation clairsemée

Une manifestation maigrelette alors que la situation des femmes sur le terrain de l’emploi est particulièrement difficile. Elles sont davantage au chômage, précarisées et ont des emplois à temps partiel imposé, sans oublier les violences. Les conditions du marché de l’emploi se sont durcies, « un processus de paupérisation, c’est-à-dire des gens qui ne sont ni chômeurs, ni exclus, ni assistés, mais qui travaillent sans parvenir à gagner leur vie » [1]. Un salariat à double vitesse se met en place et les femmes en sont des victimes choisies. Pour les salariées, c’est la conjonction de la précarisation et des pressions pour les faire rentrer au foyer !

Alors pourquoi une manifestation aussi maigrelette ? Il faut se pencher sur les positions des organisations : le collectif national est un collectif unitaire de 160 organisations qui a préparé au printemps les Assises des droits des femmes. Depuis l’arrivée du gouvernement Jospin, une des préoccupations du collectif a été d’obtenir une interlocutrice au gouvernement. Ce dernier a répondu avec la création d’un poste de déléguée interministérielle aux droits des femmes (Journal officiel du 15 novembre). Nouvelle interrogation du collectif, la déléguée aura-t-elle les moyens de son action ? En tout les cas, ce n’est pas une ministre, ni l’ouverture des carrières militaires, ni les postes de cadres supérieures qui changeront la réalité pour les millions de femmes qui travaillent et qui subissent le patriarcat décliné par le libéralisme [2].

Une lutte anticapitaliste et antipatriarcale !

L’objectif n’est pas de tirer à boulets rouges (et noirs) sur le seul collectif, il s’inscrit dans la foulée des organisations syndicales et politiques. Dans le tract national d’appel toute une série de mots d’ordre contre la flexibilité, l’annualisation, pour des emplois CDI, pour la RTT à 35 heures sans perte de salaire… Oui, mais dans la perspective d’une loi-cadre, certains slogans parlaient d’eux-mêmes soutenir le gouvernement face au patronat dans la logique du 10 octobre. La gauche plurielle, appuyée par les partenaires sociaux, veut nous imposer le partage de la misère, pour lutter contre le chômage il faut partager le travail, 35 heures pour l’an 2000 mais en modérant les revendications salariales. Mais pour les femmes, les premières précarisées qui travaillent à temps partiel imposé, le partage c’est déjà la réalité ! Leur combat, c’est la rupture avec le capitalisme, la réduction du temps de travail uniforme avec augmentation des salaires. Pour nous anarchistes ces revendications doivent s’inscrire dans la critique du salariat. Il faut également impulser des luttes en prenant en compte les spécificités de la position sociale des femmes, l’exploitation capitaliste doublée de l’oppression patriarcale. Quant à la question de la double journée, qui reste la réalité pour une grande majorité des femmes, il est nécessaire de dépasser la revendication du seul partage des tâches domestiques. Celles-ci doivent être abordées par leur utilité sociale, sinon c’est replacer à nouveau les femmes dans le cadre familial patriarcal capitaliste. Le combat des femmes, c’est la rupture avec le capitalisme appuyée sur la lutte antipatriarcale, qui se place dans un nouveau mouvement social révolutionnaire dans lequel, femmes et hommes, nous avons tout à gagner !

Danielle
groupe Kronstadt (Lyon)


[1Margaret Maruani, « L’emploi féminin à l’ombre du chômage », in Problèmes économiques, 22 octobre 1997, La Documentation française.

[2Voir La déclaration des femmes anarchistes, Internationale des Fédérations anarchistes, Monde libertaire n° 1100.


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