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Des luttes écologistes de l’Union régionale Bretagne de la Fédération anarchiste

Le jeudi 17 avril 2003.

LES ANARCHISTES ne vivent pas dans un vase
clos et, comme tout un chacun, nous vivons
certes d’amour, de révoltes et d’utopie, mais
nous avons évidemment aussi besoin d’eau, si
ce n’est fraîche, au moins de qualité, ainsi que
d’une alimentation et d’un environnement
sains, pour nous épanouir. Or, spécialement en
Bretagne, mais ailleurs aussi, le capitalisme
avec sa logique d’exploitation a mis ses sales
pattes sur ces ressources, éléments essentiels à
la vie même. Après la campagne contre les
essais nucléaires de Chirac, et surtout lors de la
venue du pape à Sainte-Anne-d’Auray en
1996, s’est constituée l’Union régionale
Bretagne de la Fédération anarchiste. De fait,
nous ne vivons pas hors du temps et, en plus
de nos investissements dans les luttes sociales,
nous n’avons de cesse de nous impliquer dans
les luttes dites écologistes qui abondent
comme les algues vertes : nucléaire évidemment, eau, OGM, incinérateurs, extensions
d’élevages industriels, etc.

Procédons en faisant un récapitulatif de
ces luttes, dans lesquelles nous apparaissons
collectivement, ce qui reviendra à ne pas relater ce que nombre d’entre nous peuvent faire
individuellement : compostage des déchets,
utilisation de lampes à basse tension, déplacements à vélo, végétarisme, etc.

Pour nous, il faut bien le dire, nous orientons beaucoup nos idées à destination des personnes plus ou moins conscientes qui
s’activent dans les manifs. Notre but est de
radicaliser ces personnes, c’est-à-dire faire en
sorte que les problèmes soient traités à la
racine : 1. Ce qui arrive est dans la logique du
système capitaliste ; 2. Le gouvernement n’est
pas un moyen de combattre ce système mais
il en est au contraire un élément ; 3. Des
réponses sincères ne peuvent exister que par la
prise en main de nos affaires, par leur autogestion. Ceci est un effort qui avancera par
l’expérience.

L’eau

La question de l’eau en Bretagne est devenue
tellement primordiale qu’il en découle (si
j’ose dire !) des manifestations de rue !
« Patrimoine commun, élément indispensable à toute forme de vie, l’eau devrait faire
l’objet des soins les plus attentifs. Les problèmes graves qu’elle pose aujourd’hui
témoignent, au contraire, de la désinvolture
avec laquelle les pouvoirs publics l’ont jusqu’à présent traitée. »

« Agriculture en plein délire, laxisme et
complicité des pouvoirs publics, bénéfices
considérables pour les compagnies privées. »
Refuser de déléguer notre pouvoir pour pouvoir reconquérir l’eau et affirmer la nécessité
d’en faire un service public, tel était le sens de
la mobilisation de la FA à la manif Pour une
eau pure à Pontivy (56) le 21 mars 1999.
Nous terminions ainsi : « Le service public,
c’est de l’eau pour tous, le service au public
c’est de l’eau gratuite et de qualité pour tous,
le service d’utilité sociale, c’est quand l’eau est
gratuite et de qualité en faisant payer les multinationales fabricantes de pesticides. » En
avril 2001, pour la deuxième grande manifestation pour l’eau pure, nous remettions le
couvert à Lamballe (22).

L’agroalimentaire

Ainsi que nous venons de le voir, s’interroger
sur la question de l’eau en Bretagne rend
incontournable une analyse de l’industrie
agroalimentaire. Ce système, qu’il faut bien
appeler de destruction de l’environnement et
d’élimination de la petite paysannerie, a été
finement étudié par Jean-Pierre Tertrais du
groupe La Commune de Rennes, dans sa brochure Pour comprendre la « crise » agricole, éditée
en 2001. En tant qu’individus et groupes anarchistes, notre activité militante est là des plus
classiques, nous nous mobilisons aussi, à l’instar d’Eaux et Rivières, pour signer les cahiers
d’enquête d’utilité publique et incitons la
population à le faire par voie de presse et de
tracts. Plumergat en 1999, Merlevenez en
2002, etc. On peut dire que la campagne,
menée en automne 2001, contre l’institut de
Locarn qui rêve de « faire avec la mer ce qui a
été fait avec l’agriculture en Bretagne » (propos du P-DG Le Hénaff) revêtait des caractères
écologistes certains car c’était là s’en prendre
aux promoteurs et aux décideurs du modèle
agricole breton. Dans le Morbihan, nous
sommes partie prenante d’un collectif de vigilance sur les agissements de ce réseau patronal.

Les marées noires

En ce qui concerne le naufrage de l’Erika en
décembre 1999, affrété par la compagnie
TotalFina, nous fûmes tout de suite dans les
collectifs opposés à la marée noire. Agitation,
prise de conscience, organisation des manifestations, nous étions au même rang que
d’autres. Encore une fois, nous mettions en
évidence le fait que la logique de profit, dans
sa volonté d’accumulation du capital et de
réduction des coûts, aboutissait « naturellement » à ce genre de catastrophes : pavillons
de complaisance permettant la circulation de
bateaux-poubelles, avec des équipages sous-payés et une sécurité méprisée, etc. Face à cette
évidence, il n’est pas possible de n’apporter
que des solutions techniques (bateaux à
double coque, renforcement des garde-côtes,
etc.), impasse dans laquelle s’enferment plus
ou moins adroitement les gouvernements
pour masquer leur responsabilité et leur incapacité. Un changement de système global est à
mettre en œuvre car le trafic maritime, déjà
immense, en particulier dans le rail d’Ouessant, ne cesse de se développer. Pour nous, il
faut alors en finir avec la propriété privée des
réserves de pétrole et des navires transportant
les hydrocarbures, assurer le contrôle des
bateaux par les organisations des marins qui
doivent en assurer l’autogestion. Des camarades se sont investis sans compter dans le collectif Marée noire. La FA a édité deux affiches
sur ce thème, dont une à l’initiative du groupe
de Nantes. Nous avons réalisé un journal
mural que nous avons collé sur les villes
côtières pendant l’été. Plus modestement, à
l’instar des collectifs locaux, car nous n’étions
pas directement touchés, nous nous sommes
aussi dressés dans la rue contre le naufrage du
chimiquier Ievoli Sun qui a coulé fin 2000, un
an après l’Erika, ainsi que contre la marée noire
liée au Prestige.

Anti-OGM

Sur le terrain anti-OGM, dont notre approche
ne se situe pas spécialement sur le terrain écologiste, alors que les médias essaient de l’y
cantonner, nous mettons largement en avant le
brevetage du vivant par les firmes, ce qui
revient à accentuer encore plus leur mainmise
sur l’ensemble du monde paysan. Dans le
Morbihan, avec la Confédération paysanne et
Attac, nous animons un collectif anti-OGM.
Nous avions d’abord relayé l’information par
la diffusion de tracts devant les supermarchés
en 2000 et, en 2001, par des conférences
débats.

En 2001 et en 2002, ce collectif a relayé
les Journées internationales de luttes paysannes du 17 avril (Via Campesina) :

- 1. En 2001, sur la problématique des
OGM, organisation d’une manif devant l’Inra
(35) et conférence à Rennes avec trois intervenants : la Conférence paysanne, Attac, la FA.

- 2. En 2002, nous avons manifesté au
son des casseroles, comme en Argentine,
contre la répression du mouvement social
dans le marché de Vannes (« contestation
réprimée, planète en danger ») : déguisements, pancartes, etc.

Sur Nantes, c’est un collectif autonome
qui s’est créé avec différentes mobilisations
(manifestations, occupations de bateaux sur le
port de Saint-Nazaire, actions dans des
grandes surfaces).

Incinérateurs

Pour traiter les déchets, on nous « propose »
des incinérateurs. Disons que les élus peu
attentifs, parfois ignorants en la matière,
d’autres fois achetés, en tout cas acquis à la
logique de croissance, acceptent les incinérateurs. Il y en a pour traiter les déchets de
l’agroalimentaire, il y a ceux pour les ordures
ménagères. Nous nous opposons aux deux.
Ainsi, en février 2002, nous étions à Plouray
contre le projet de Doux d’incinérer les farines
animales.

La population française se retrouve avec
un stock de farines animales dont il faut se
débarrasser. L’incinération est une échappatoire car ce procédé génère lui-même des
pollutions (dioxines et métaux lourds).
Incinération et usines de retraitements sont les
moyens de maintenir la production actuelle
alors que c’est celle-ci qu’il faut réduire. Les
habitants doivent alors faire face à un problème dont ils n’ont pas eu à débattre et à
décider avant de s’engager dans cette voie. Le
marché de l’incinération est très lucratif car les
communes s’engagent souvent pour vingt ans,
les concessions ne sont pas sans rappeler celles
du marché de l’eau. Il faut bien constater que
ce sont souvent les mêmes compagnies qui
sont présentes sur ce marché (Vivendi, par
exemple). S’il existe des solutions techniques
plus écologiques (méthanisation), pour nous
il est important d’en finir avec le mythe de la
croissance, de limiter l’emballage excessif, de
rompre avec le productivisme. En Bretagne, de
multiples collectifs sont nés en réaction à tous
les projets. Là où nous sommes présents, nous
nous investissons dans ces collectifs. À force de
manifestations et d’échanges, des liens inter-collectifs se forment : une prise de conscience
que c’est un système global qui est à combattre se fait jour, chaque collectif local se pare
systématiquement de l’attribut « ni ici ni
ailleurs », témoignant d’un non-repli sur soi
et même d’une véritable solidarité. Comme
nous, de nombreuses personnes n’hésitent
plus à grossir les rangs de chaque manifestation :
3000
personnes
à
Carhaix
en
septembre 2002, 2000 personnes à Vannes le
15 mars 2003.

Sur le plan nucléaire, je cite simplement
les grandes campagnes dans lesquelles nous
nous sommes investis, et que nous continuons à mener d’ailleurs, car cela fait partie
de nos activités régulières : lutte contre le projet de centrale nucléaire au Carnet (44) en
1997 ; en 2000, lutte contre les projets d’enfouissement
de
déchets
nucléaires ; en
octobre 2001, grande manifestation antinucléaire de Nantes ; au printemps 2002 contre
le bateau français Défi Aréva basé à Lorient ; en
juin 2002 contre le nucléaire civil et militaire
à Crozon (29).

Conclusion. Sur plusieurs fronts, ce n’est
pas d’hier que la Fédération anarchiste est
présente dans les luttes écologistes, il peut
même être dit que nous faisons partie de
leurs paysages « naturels », tant les drapeaux
noirs et nos tracts sont devenus coutumiers.
Affirmant notre critique du mythe de l’abondance, de la croissance qui serait bonne pour
l’emploi, comme le chantent malheureusement les pouvoirs publics, le patronat et ses
médias, mais aussi malheureusement nombre
d’organisations syndicales, nous ne changeons
pas notre fusil d’épaule.Au contraire, c’est fort
de nos bases anticapitalistes, antiautoritaires et
de la revendication de l’organisation sociale
selon le principe du fédéralisme, que nous
abordons sereinement ces questions.

Stéphane





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