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Les OGM

instruments de la domination capitaliste
Le jeudi 19 avril 2001.

Les tenants de l’écologie politicienne, les Verts, entre autres, nous rebattent les oreilles avec la supposée dangerosité des OGM pour l’environnement. Depuis maintenant deux ans, il ne se passe pas un mois sans qu’un événement ne s’y rapporte. Les débats télévisés foisonnent, tous posent la même question : les OGM constituent-ils un danger pour l’environnement ? Les opposants aux OGM s’affrontent aux « experts » plus ou moins aux ordres. Tout cela au nom d’un sacro-saint principe de précaution qui ne laisse pas d’interroger, dès lors qu’il est bafoué par ses promoteurs même ! En effet, qui a autorisé la mise en culture des OGM ? Qui refuse de donner le nom des communes et les parcelles où sont cultivées des plantes issues du génie génétique ; sous prétexte que cela entraînerait des troubles à l’ordre public ? La verte Dominique Voynet. Il est assez comique de constater que les défenseurs de la démocratie participative refusent l’information aux citoyens, comme ils disent. Auraient-ils peur du choix de ces mêmes citoyens ? C’est toute la contradiction de l’exercice du pouvoir…

Un écran de fumée « écologique »

Mais l’argument écologique n’est qu’une vaste fumisterie : les connaissances sur les interactions des différents organismes dans l’environnement ne permettent pas, actuellement, de se prononcer de manière sérieuse sur le « risque » introduit par les OGM. Le maïs Bt serait toxique pour le papillon monarque ? Les OGM modifieraient la flore bactérienne des sols sur lesquels ils sont cultivés ? Et alors ! Ces conséquences directes ne préjugent en aucun cas de ce qui pourrait se passer à plus grande échelle. Le débat écologiste autour des OGM est donc un faux débat, et il masque, volontairement ou non, le fond du problème.

Une volonté d’hégémonie économique

Celui-ci est économique. En effet, les semenciers, par l’adjonction d’un gène « étranger » à l’espèce, acquièrent un droit de propriété sur la nouvelle souche ainsi créée (contrairement à ce que certains prétendent, il n’y a pas création d’une nouvelle espèce : une souche sauvage, c’est à dire naturelle, et une souche transgénique restent théoriquement inter-reproductibles). Ils utilisent ce droit pour empêcher les paysans de garder une partie des semences qu’ils ont produites pour planter leur prochaine récolte. Monsanto, par exemple, dépense des milliers de dollars pour payer détectives, huissiers et autres fouineurs pour s’assurer que les cultivateurs ne replanteront pas de graines issues de la récolte précédente. Et malheur au contrevenant.

Le paysan est donc intégré dans un processus de concentration verticale digne des heures de gloire de la famille Wendel. L’industrie agro-alimentaire fournit les semences au paysan, lui achète le produit de sa récolte et le vend aux grandes surfaces. Par ailleurs, on ne peut que constater les relations qu’entretiennent les semenciers et l’industrie chimique. Il est de notoriété publique que Monsanto est à l’origine un des fleurons de l’industrie chimique nord-américaine, qui n’a développé un maïs transgénique que pour augmenter ses marges sur son herbicide total : le Round-Up. On sait moins, par contre, que Novartis est issue de Sandoz, firme de Bâle tristement célèbre pour la pollution du Rhin, qui ne s’en est pas encore tout à fait remis.

Outre l’intégration du paysan dans une filière qui fait de lui un ouvrier de la terre, comme au bon vieux temps du servage et du métayage, la mise sous tutelle du paysan par le semencier s’accompagne souvent de l’obligation d’acheter ses produits d’entretien (engrais, pesticides) chez un fournisseur bien précis, quand ce n’est pas chez le semencier lui-même.

Chasse gardée sur les brevets

Il y a donc une volonté hégémonique de ces boîtes. Le génie génétique, à cet égard, n’est qu’un moyen. En effet, le fait de créer une nouvelle souche par l’adjonction d’un « transgène », permet de breveter la souche entière. Ce qui signifie que tout usage d’une plante transgénique, même s’il n’implique pas forcément l’utilisation des nouvelles propriétés données par le nouveau gène, est soumis à redevance. Cela illustre la tendance actuelle du débat sur la brevetabilité du vivant.

Ainsi, si un nouveau principe actif d’intérêt médical, par exemple, est découvert chez une plante, un insecte, une éponge… l’espèce elle-même peut-être brevetée. Et toutes les applications issues de la bestiole, de la plante entraînera la perception de droits d’auteurs par la firme à l’origine de la découverte de l’espèce. Le fait que les autres utilisations n’aient rien à voir avec la première n’a aucune importance. Bien sûr, c’est valable dans l’agro-alimentaire où certains gènes d’insectes (pesticides « naturels ») ou de poisson (résistance au froid) sont allégrement utilisés, mais aussi dans l’industrie biomédicale. En effet, de nombreux organismes (plantes, insectes et métazoaires primitifs comme les éponges et les méduses), produisent des molécules qui peuvent se révéler intéressantes d’un point de vue médical. Quand on connaît la durée d’un brevet sur un médicament (trente ans), on mesure tout de suite l’enjeu.

Un brevet sur un organisme donné pourra donc générer des profits sur l’agro-alimentaire, les cosmétiques, la médecine… En gros, y a de la thune à se faire. Et les capitalos ne s’y sont pas trompés : si le paysan est intégré dans une chaîne de production, les transnationales, elles, se regroupent de façon à couvrir tous les champs de l’exploitation du vivant : industries pharmaceutiques, agro-alimentaires et chimiques fusionnent joyeusement (Hoechst-Marion-Roussel et Rhône-Poulenc Rohrer ont donné Aventis ; Boehringer-Mannheim et Roche ont fusionné en Roche Diagnostics).

Le fric, toujours le fric

Dans un tel contexte, on peut se faire du souci : de là à payer pour respirer il n’y a, d’un point de vue logique, pas très loin. Le concept « tout s’achète, tout se vend » est d’ailleurs sous-jacent aux « permis de polluer ». Loin de se contenter de critiquer, comme d’autres, la volonté hégémonique des firmes biotechnologiques sans remettre en question le système, il faut dans le domaine scientifique et industriel, remettre en question la notion même de propriété intellectuelle.

À qui appartient une espèce de plante ? À qui appartient l’air que nous respirons ? À personne. Dans la recherche comme dans les autres activités humaines, seule l’utilité sociale du travail doit avoir droit de cité. À cet égard, les OGM peuvent être un outil pour produire des molécules à usage thérapeutique qui ne pourraient être obtenues autrement.

Cependant la course au profit est actuellement la seule raison de l’existence des OGM dans l’agro-alimentaire. En effet, quel besoin y aurait-il d’augmenter les rendements quand l’Union européenne brûle chaque année 1,5 à 2 millions de tonnes de céréales pour soutenir les prix ? Juguler la famine et la malnutrition dans le monde ?

Me faites pas rigoler.

Olivier. — groupe Spartacus (Clermont-Ferrand)





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