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Mémoire syndicale des instits ardéchois

« Instituteurs ardéchois dans la crise des années trente », Éric Darrieux
Le jeudi 20 mars 2003.

Issu d’un mémoire de maîtrise d’histoire contemporaine, ce livre présente une étude du milieu ardéchois — républicain et protestant — des instituteurs formés à l’école normale de Privas par Élie Reynier [1] (1875-1953), l’un des fondateurs de la revue syndicale et pédagogique L’École émancipée en octobre 1910, et parmi les pionniers du syndicalisme enseignant avec Albert Thierry, Charles Guieysse, Louis et Gabrielle Bouet.

L’ouvrage pose d’abord le décor : conditions d’enseignement dans un département essentiellement agricole face à la concurrence d’une puissante école privée catholique, situation d’un syndicalisme enseignant divisé. Il se partage entre le Syndicat national des instituteurs et institutrices de France et des colonies, d’orientation réformiste, affilié à la CGT, et le Syndicat unitaire appartenant à la Fédération unitaire de l’enseignement affilié à une CGTU de plus en plus inféodée au PCF. À la fin des années vingt, ce dernier se déchire à la suite d’une intervention de l’Internationale communiste critiquant la ligne des dirigeants fédéraux. Ces derniers constituent alors la tendance « Majorité fédérale » à laquelle s’oppose une « Minorité oppositionnelle révolutionnaire » (MOR) d’obédience stalinienne. Une troisième tendance, la Ligue syndicaliste — dont fait partie Élie Reynier — regroupe les fidèles de la charte d’Amiens et de l’indépendance absolue du syndicalisme.

Le syndicat ardéchois, dont tous les secrétaires départementaux appartiennent à la « Majorité fédérale », devient alors « le champ clos de véritables affrontements politiques opposant généralement la MOR aux autres tendances dans une atmosphère de luttes fratricides particulièrement féroces », rapprochant la Majorité fédérale et Ligue syndicaliste dans une commune hostilité aux méthodes staliniennes de la MOR et du PCF.

L’auteur présente ensuite en deux séquences chronologiques (1930-1935 et 1936-1940) l’évolution de ce milieu, confronté à la crise économique et à ses conséquences, à ses illusions sur l’URSS, aux dangers de guerre et à la montée du fascisme. Viennent ensuite les brefs espoirs et les rapides déceptions du Front populaire, la douloureuse réunification des syndicats d’instituteurs, puis l’épreuve de la déclaration de guerre vécue dans l’impuissance et la résignation après la signature du pacte germano-soviétique. Pour beaucoup, d’autres combats suivront…

Malgré une conclusion convenue, cet ouvrage, bien construit et documenté, rappelle opportunément le rôle de ces militants soucieux de bâtir un avenir de liberté et de justice dans un contexte difficile et un environnement hostile.

Charles Jacquier


Éric Darrieux, Instituteurs ardéchois dans la crise des années trente, 250 p., Privas, Mémoire d’Ardèche et Temps présent, place André-Malraux 07000 Privas.


[1Cf. les deux volumes de la revue Mémoire d’Ardèche et Temps présent (n° 61, février 1999), Élie Reynier… Maître à penser. Acteur ardéchois du mouvement pacifiste et socialiste révolutionnaire.





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