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La nouvelle force internationale de travail

« Travailleurs invités » de tous les pays, unissez-vous !

Le jeudi 24 juin 2004.

Travailleuses, travailleurs, vous étiez immigrés, vous serez désormais « invités ». Le résultat ? Plus de précarité, moins de droits. Un article paru dans Industrial Worker, le journal des IWW, en mai 2004.



Le mouvement des travailleurs se doit de développer de nouvelles stratégies pour faire face à une donnée qui prend de plus en plus d’ampleur au niveau international.

Les nations riches utilisent de plus en plus de forces de travail à salaires bas venant de pays du tiers-monde. Cependant, au lieu d’octroyer la nationalité à ces travailleurs, elles leur donnent le statut de « travailleur invité », qui ne leur permet pratiquement pas de se syndiquer, de faire grève ou même de démissionner sans risquer d’être déportés dans leur pays d’origine. Résultat, ces travailleurs doivent faire ce qu’on leur dit de faire ou risquer d’être reconduits à la frontière et peut-être même de mourir de faim.

Pour les patrons, cette situation sert trois objectifs principaux. Premièrement, le statut empêche ces travailleurs invités de se syndiquer et de se battre pour de meilleures conditions de travail. Les patrons s’en tirent toujours au mieux en payant les travailleurs invités beaucoup moins que les travailleurs « natifs ». Bien que, dans la plupart des cas, les lois sur le salaire minimum et d’autres droits du travail couvrent techniquement les travailleurs invités, la peur et la réalité de la déportation et de la perte de leurs possessions sont si fortes que la majorité n’ose pas se plaindre des heures supplémentaires imposées ou des conditions de travail. Quand les travailleurs invités demandent le paiement des heures effectuées, leurs employeurs peuvent très facilement vérifier si leur visa a expiré. Par conséquent, les employeurs ne se donnent pas la peine de les traiter avec le même respect parce qu’ils ne sont pas citoyens et ont peu de droits.

Deuxièmement, le statut affaiblit les syndicats déjà existants et les forces de travail dans ces pays. Ces travailleurs, qui sont très difficiles à syndiquer, remplacent le travail qui pourrait être effectué par les syndiqués. Il est difficile pour eux de se sentir concernés par les lois sur le salaire minimum et les conditions de sécurité et de santé au travail. Ils sont particulièrement vulnérables pendant les périodes de récession économique. Par exemple, en Corée du Sud, un des principaux participants à ce jeu-là, 27 000 personnes ont été déportées ou ont « volontairement » fui le pays entre octobre 2003 et février 2004, au beau milieu d’une crise gouvernementale. Le gouvernement cherche à en déporter encore quelque 120 000.

La troisième raison est la plus dangereuse : le statut divise la classe des travailleurs. Les travailleurs originaires du pays peuvent aisément blâmer les étrangers pour leurs problèmes, plutôt que d’y voir le jeu des capitalistes qui ont créé ce problème. En même temps, les travailleurs du tiers-monde se sentent frustrés quand ils entendent les syndicats de ces pays fortunés parler des travailleurs invités qui prennent le travail des natifs. Si les syndicats conservateurs le pouvaient, ils n’auraient jamais la possibilité de vivre et de bénéficier, même temporairement, des salaires relativement élevés offerts dans les pays plus riches.

Parmi les plus terribles participants au grand jeu des travailleurs invités, il y a le Moyen-Orient, plus particulièrement l’Arabie saoudite, l’une des pires dictatures du monde. Plus de 25 % de ses résidents sont des travailleurs invités, qui viennent essentiellement de pays musulmans comme le Bangladesh, le Pakistan et l’Indonésie. Ils sont très souvent maltraités et rencontrent le double problème de vivre dans un pays qui peut les déporter, alors qu’ils ont encore moins de droits que les citoyens vivant sous une monarchie fondamentaliste et brutale. Dans un autre État pétrolier, le Koweït, ils représentent 63 % des résidents, c’est-à-dire plus de la moitié de la population de cette monarchie à peine moins fondamentaliste, et que les États-Unis ont sauvée de l’annexion à l’Irak.

Un pays du Moyen-Orient avec des travailleurs invités non musulmans, Israël, compte des gens de Thaïlande, des Philippines, de Roumanie et de Chine. Comme on empêche les Arabo-Palestiniens de travailler en Israël, les employeurs se sont résolus à utiliser ces travailleurs-là, force de travail peu onéreuse et surtout moins menaçante pour eux. La situation critique de ces gens en Israël est ignorée par les radicaux en Israël-Palestine et le monde entier, qui semblent se préoccuper uniquement des problèmes palestiniens. Mais pour accomplir des progrès sur le terrain, nous devons faire l’effort de voir à quel point toutes ces questions sont interconnectées.

Il pourrait bientôt y avoir un coupable à échelle bien plus vaste, les États-Unis. Le président Bush est en train de proposer un projet d’immigration qui ouvrirait la voie à une augmentation du nombre des travailleurs invités, et qui permettrait en priorité aux travailleurs d’Amérique latine de travailler aux États-Unis sans en devenir citoyens. Si ce projet passe, les États-Unis pourraient bien se diriger dans la même voie que le Moyen-Orient.

Si le mouvement des travailleurs en général et le mouvement radical en particulier veulent se mettre à jour sur la question, il faut trouver de nouveaux moyens pour que les travailleurs invités s’organisent. Il nous faut également trouver des moyens pour les soutenir s’ils veulent tenter de résister.

Les travailleurs natifs ont des façons très différentes de percevoir ces travailleurs. En Corée du Sud, les membres du syndicat KCTU (Korean Confede-ration of Trade Unions — Confédération coréenne des syndicats) défilent en solidarité avec le syndicat des travailleurs invités (ETU-MB : Equality Trade Union — Migrant’s Branch — Branche des travailleurs immigrés du syndicat égalitaire) contre les déportations. Par contre, en Afrique du Sud, les natifs et les syndicats se mutinent contre ceux et celles qui viennent d’autres pays d’Afrique.

Voilà pourquoi notre devoir est de faire savoir à la communauté et à nos compagnons et compagnes travailleurs la situation terrible de leurs camarades. Mais ces derniers sont en nombre suffisant pour s’organiser. Beaucoup d’économies dans le monde ne seraient pas capables de survivre dans leur forme actuelle sans eux. De nouvelles formes et méthodes de syndicalisme révolutionnaire vont devoir être mises en place afin de combattre cette situation que la mondialisation capitaliste nous a léguée.

John Kalwaik





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