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Chanson

Quand je ne sors pas, je reste à la maison…

Le jeudi 11 décembre 1997.

…et j’écoute mes disques. Un vieux Thiéfaine, par exemple.

Je conserve un souvenir ensoleillé des années 70. Le mouvement social était fort, mai 68 pas trop lointain et la révolution, pensions-nous, proche, très proche. Nous vivions dans l’attente du jour où nous mettrions enfin à bas cette société détestable. Années engagées, années lumière. Côté variétés, années Béranger, je vous parlerai une autre fois, c’est promis, de Béranger.

1981, donc. L’année de mes vingt ans. L’année où Thiéfaine, chanteur baba-flippant, coupa cheveux et moustache et nous envoya dans la gueule un disque noir dès sa pochette. Textes désespérés chantés d’une voix sinistre, proclamation (113e cigarette sans dormir) que notre présent n’était pas le prélude espéré à la révolution du bonheur, et titre prophétique : Dernières balises avant mutation.

Avec toute la mauvaise foi qu’autorisent seize années de recul, j’affirme hautement que ce disque annonçait les années 80, la chute du mouvement social, la montée de la pauvreté, la hantise du chômage, la guerre du Golfe et le Sida. Et la mise au rancart pour un certain temps de perspectives sociales optimistes. Pas moins !

Je l’affirme bien fort, mais je ne saurais pas expliquer clairement pourquoi. Question de génération, certainement, mais aussi rencontre d’un parcours militant et d’une évolution musicale. Toujours est-il que j’éprouve à chaque nouvelle écoute ce sentiment subjectif d’un disque visionnaire. Un de ceux qui comptent dans ma discothèque, côté chansons. Et, outre la création de Radio libertaire, un des événement les plus importants de cette année 1981…

Tout cela est bien gentil mais pourquoi donc, oncle COQ’S, nous racontes-tu aujourd’hui ces vieilles histoires ?

Eh bien (outre qu’il n’est pas trop tard pour découvrir Dernières balises…), parce que j’ai fait l’acquisition du dernier Thiéfaine. Ce n’est pas son meilleur, malgré quelques belles réussites (La Philosophie du Chaos). Mais, fait intéressant, il renoue symboliquement avec le premier Thiéfaine, celui des années 70. Notamment par une pochette toute blanche, des titres dadaïstes (24 heures dans la nuit d’un faune) et le retour à une certaine loufoquerie pas obligatoirement grinçante. Il ose même un titre (La tentation du bonheur) propre à dérouter ses vieux compagnons de flip.

Alors, j’hésite à savoir s’il faut en conclure que le désespoir, décidément, s’affadit avec l’âge ou si, visionnaire une fois de plus, Thiéfaine nous annonce des années enfin prometteuses…

COQ’S


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