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La Constitution de 1958 revue et corrigée

Le jeudi 3 septembre 1998.

En juin dernier, un groupe de chômeurs a célébré à sa façon le quarantième anniversaire de notre constitution barbouzarde. L’un d’eux passe en jugement le 8 septembre.

Un groupe de chômeurs et de sans-logis a occupé le Conseil constitutionnel. L’objectif de l’action, co-organisée par AC !, le MNCP, le DAL et le CDSLJ était d’exiger l’application de la constitution, qui dispose, dans son préambule, que l’État doit à tous les citoyens, qu’ils travaillent ou non, des moyens convenables d’existence. Or, ce jour-là, un des manifestants, Sébastien Schifres, n’est pas du tout satisfait en découvrant le but de l’opération.

Il est communiste libertaire, et cette constitution bourgeoise, c’est pas vraiment son truc. C’est pourquoi, lorsqu’il en trouve un exemplaire dans le bureau du maître des lieux, l’escroc Roland Dumas, il lui réserve le seul traitement que lui parait mériter ce torchon : il le déchire après en avoir arraché le sceau. Puis il réécrit sur la première page une nouvelle constitution, plus conforme à ses goûts. Celle-là ne comprend que deux articles :

  • La dictature capitaliste est abolie.
  • Le prolétariat décrète l’anarchie et le communisme.

Il s’avère que l’exemplaire déchiré par Seb était un des dix originaux paraphés par De Gaulle et sa clique. En l’apprenant, Jean-Baptiste Eyraud annonce que le DAL se désolidarise de cet acte, et quitte les lieux avec les siens.

Dénoncé aux RG présents par un des sous-fifres de Dumas, Seb est filé dans le métro. À la station Saint-Paul, une dizaine de gros bras s’approchent de lui, écartent sans ménagement les quatre copains chômeurs qui l’accompagnent et après lui avoir passé les menottes, l’entraînent sur le quai. Ils n’ont sorti ni carte, ni brassard et n’ont même pas fait état de leur « qualité » de flics. Ce n’est pas une interpellation, c’est un kidnapping.

Après une nuit de garde-à-vue (sans manger ni dormir), Seb est déféré au parquet, puis passe en comparution immédiate devant la 23e chambre correctionnelle sous l’accusation de « dégradation d’un bien appartenant à l’État ». Le procès est reporté au 8 septembre prochain.

Depuis 40 ans, cette constitution née d’un coup de force militaire n’a cesse d’être contestée. Mitterrand, alors dans l’opposition, la qualifia même de « chiffon de papier ». Évidemment, une fois élu à l’Élysée, il s’empressa de l’appliquer à la lettre (à l’exception toutefois de la seule disposition sympathique, celle du préambule cité plus haut). Seb, lui au moins, a mis ses actes en accord avec ses idées.

Vous pouvez lui apporter votre soutien le 8 septembre :

  • à partir de 12 heures, en participant au rassemblement organisé devant le Palais de Justice de Paris (métro Cité) ;
  • à 13 h 30 en assistant au procès à la 23e chambre correctionnelle.

Cris Exocet





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