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Cinéma

« L’Arrière pays »

entretien avec Jacques Nolot
Le jeudi 3 septembre 1998.

C’est un film où l’auteur, l’acteur et le metteur en scène sont l’unique et même personnage. Jacques Nolot se fait filmer de dos. C’est une idée géniale. Nous le voyons arriver chez lui, dans son village perdu. Inquiet. Les nouvelles ne sont pas bonnes. Sa mère est mourante. À partir de ces faits très simples, autobiographiques, Jacques Nolot se fait filmer, incarne ce fils qui a fui et revient pour enterrer sa mère. Le film était consacré à Angers, Cannes et La Rochelle. Il a eu le prix Georges et Rita Sadoul.

H.H.



Heike Hurst : Votre premier film…

Jacques Nolot : C’est un film d’écoute et on peut ne pas aimer, parce que c’est un film lent, qui prend son temps.

Je crois qu’il faut le voir plusieurs fois, il y a beaucoup de choses qui sont dites de façon tellement elliptiques et tellement petites, je ne sais si on peut tout lire dès la première fois.

Heike Hurst : Est-ce le film d’un scénariste-écrivain, donc un film qui s’écoute ?

Jacques Nolot : Je ne m’inscris ni en tant qu’auteur, ni en tant que réalisateur, ni en tant que metteur en scène, j’ai fait ce film comme une nécessité, comme un dû, mes amis m’ont poussé à le faire, je n’osais pas le faire, auparavant. Passer à la réalisation, c’était le plus beau jour de ma vie. L’écriture a été très rapide, douloureuse. C’est un film identitaire, un film très autobiographique, c’est comme un puzzle, c’est-à-dire, on découvre toute une vie en une heure et demie, toute une vie d’une personne. C’était en gestation depuis assez longtemps, c’est venu très rapidement à la suite de la mort de mon fils adoptif. Je l’ai écrit en trois semaines.

Sa mort a dû réveiller en moi la mort de mon père et de ma mère, simplement dans le deuil et la souffrance. C’est le même personnage, comme pour le Téchiné (J’embrasse pas), en fait trois écritures, même quatre, de la même région : le départ à 17 ans (cf. J’embrasse pas, un premier retour à 35 ans (cf. La Matiouëtte), la confrontation entre deux frères, où le frère est coiffeur ; c’est moi qui joue le rôle du coiffeur, dans L’arrière pays, c’est le contraire ; moi c’est le même personnage, le rôle de celui qui revient pour la mort de sa mère.

HH : Vous ne pouviez revenir qu’en jouant ?

Jacques Nolot : On m’a déconseillé au début. J’étais partagé. J’avais assez confiance en moi, en fait je ne me crois pas assez bon acteur, mais j’aime bien mes défauts. Je crois que l’appréhension et la peur amenaient tout un arrière fond du personnage, qui nourrit un registre fragile. Je ne crois pas au travail d’acteur. De toutes façons, l’émotion est une qualité. Et puis je n’avais pas besoin de travailler, j’étais déjà dans mon village, dans ma propre histoire. Il fallait juste l’audace de me laisser aller à mes propres émotions du moment.

HH : Vous vous sentez davantage scénariste ou acteur ?

Jacques Nolot : Je m’utilise tout le temps comme tous les acteurs, c’est vrai. Jamais je ne construis un personnage. Ceci dit j’aime bien brouiller les cartes.

Je fais selon ce qui me vient au moment où ça me vient. Je pense que je privilégie beaucoup plus l’écriture en soi, là je me sens le plus honnête et le plus sincère ce qui est le plus important pour moi.

HH : Vous commande-t-on des sujets ?

Jacques Nolot : On ne me demande jamais de sujets. Je n’invente pas de sujets, malheureusement. J’ai beaucoup de douleurs. Ce sont les sujets qui me travaillent tellement que ça m’oblige à les écrire.

Propos recueillis par Heike Hurst — émission « Fondu au Noir » (Radio libertaire)
La Rochelle, juillet 1998


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