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Une Mairie PCF expulse ses locataires

Le jeudi 3 septembre 1998.

Les centres urbains n’ont pas le triste privilège de la « crise » du logement. Les campagnes bien que désertées subissent également ce problème. Dans le département de la Lozère, peu d’appartements sont à louer. Les loyers sont relativement élevés et les logements sociaux rares. Les communes préfèrent développer le tourisme en transformant leur patrimoine immobilier en gîtes ou en le revendant comme résidences secondaires. Si à cela, on ajoute la méfiance de beaucoup de gens de ces « coins reculés » pour les inconnus et les pratiques clientélistes des caciques locaux, il n’est pas facile d’être locataire. Par ailleurs, ces politiques, loin d’assurer un certain développement, accentue la désertification et accélère le recul des services publics (écoles, postes, transport, hôpitaux…).

Patrick, Sylvie et leurs enfants louent l’ancienne du Mazel à Saint-Martin-de-Boubaux. Le maire PCF, dont « la commune n’a pas vocation a faire du social » selon lui, décide de vendre le logement à un résident secondaire. Le bail est rompu unilatéralement et les occupants sont tenus d’évacuer les lieux. Aucune proposition de relogement n’est faite et une procédure d’expulsion est engagée.

Patrick et Sylvie décident de se battre et un comité de soutien [1] se forme. Une pétition est organisée et le 12 mai, ce sont 50 militants de la CNT, des comités de chômeurs d’Alès et de Lozère principalement qui « envahissent » la petite commune d’une centaine d’habitants. Le maire se rétracte aussitôt et signe un protocole d’accord stipulant l’arrêt de la procédure d’expulsion et la renégociation du bail. Cependant, le 19 juin au tribunal de Florac, il confirme la demande d’expulsion, dénonçant l’accord. C’est alors que les pressions montent sur la famille et son comité de soutien. Menaces, coups de fil anonymes, tracts diffamatoires, insultes… sont proférés par le maire et ses amis du comité de section des Cévennes du PCF. Deux membres du comité de soutien subissent même une agression. Au PCF où des voix s’élevaient déjà, la solidarité du parti s’effrite peu à peu et certains militants n’hésitent plus à dire qu’ « entre un maire, communiste soit, mais rempli de pognon comme un chien a des puces, et une famille expulsée avec 4 329 FF par mois de ressources pour quatre personnes, le choix est fait sans hésitation ni murmure : c’est le comité de soutien ». Le 3 juillet, le tribunal confirme l’expulsion. En attendant l’appel, le comité de soutien ne désarme pas et réussi à rassembler 60 manifestants le 26 juillet à l’occasion de l’inauguration de la nouvelle poste, bien que les routes d’accès au village aient été bloquées par d’importantes forces de gendarmerie Le paradoxe est que ce nouveau bureau de poste inauguré en grande pompe risque de disparaître sous peu si la dernière école communale ferme ses portes pour cause de non-inscription des enfants de Sylvie et Patrick.

Face à la ténacité des expulsables, le conseil municipal commence à être lâché et le sous-préfet, soucieux de limiter les dégâts, s’est engagé à trouver un règlement sous forme de relogement La lutte continue. Ici comme ailleurs la solidarité doit mettre fin au cynisme des propriétaires.

Liaison Lozère


[1CNT, Confédération paysanne, FA, Collectifs de chômeurs et précaires du grand sud, SUD, Verts solidaires, habitants du village… et quelques militants du PCF.





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