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Pollution de l’eau et loi du profit

Le jeudi 3 septembre 1998.

Le 27 juin dernier, une grosse manifestation populaire se déroula à Binic dans les Côtes d’Armor, au sujet de la pollution chronique de l’eau dans ce département, notamment par les nitrates Ce dérivé de l’azote, indispensable à la vie, peut présenter des risques pour la santé s’il se trouve en quantité trop importante dans l’eau. La norme européenne, aujourd’hui fixée a 50 mg par litre d’eau de consommation, était voici quelques années à 25 mg par litre. Elle a donc été rehaussée du double du fait de l’incapacité des pouvoirs publics a maintenir une quantité raisonnable de nitrate dans l’eau (à cause, surtout, du mode de production hyper-productiviste se généralisant). Cette norme de 50 mg par litre est toutefois allégrement dépassée en mains endroits en Bretagne, et à la sortie de certains robinets, le taux frise parfois les 100 mg par litre !

Un des effets les plus voyants de ce déséquilibre peut être constaté sur nos plages costarmoricaines où, du fait de l’excès de nitrate apporté par les cours d’eau (c’est un engrais !), les algues vertes (« laitue de mer ») pullulent au point de les recouvrir presque entièrement.

En pourrissant, elles dégagent une odeur pestilentielle, ce qui ne manquera pas d’ajouter au charme de nos côtes ! Binic étant particulièrement touché par le phénomène, tout comme Plestin-les-Grèves, il est logique que la manifestation, soutenue par de nombreuses associations, se soit déroulée dans cette ville.

L’État complice…

Malgré des dispositions récentes adoptées par le gouvernement, notamment la circulaire Le Pensec-Voynet spécifique aux ZES (zones d’excédents structurels de déjection animales), l’opération « Bretagne eau pure » ainsi que la mise aux normes européennes des élevages, surtout porcins, (le PMPOA : Programme de maîtrise des pollutions d’origine agricole), les taux de nitrate et de pesticide dans l’eau ne cessent de croître en Bretagne. Faudrait-il s’en étonner ?

L’État a pondu voici quelque temps une loi (celle concernant les installations classées, réglementant la création et l’extension des élevages, et destinée à protéger le milieu naturel) et l’applique de telle façon que 40 % du cheptel dans les Côtes d’Armor n’a pas d’existence légale ! Nous pourrions également mentionner l’amnistie générale dont ont bénéficié les éleveurs en situation illégale au 1er janvier 1994, débouchant sur des travaux (10 à 12 milliards de francs) financés à 65 % par les consommateurs d’eau et les contribuables ! Ces éleveurs n’étant bien entendu pas les plus modestes [1]. Comment pourrait-on encore pardonner la naïveté de ceux qui croient en la nécessité d’un État garant de la justice et de la préservation de notre environnement ? Celui-ci, ici comme ailleurs, finance en fait la mainmise de l’ultra-libéralisme sur la production agricole.

… mais pas sans imagination

Le Conseil général des Côtes d’Armor projette la construction d’une troisième usine de dénitratation dans le département, très coûteuse pour la collectivité (plus de 180 millions de francs), sans que cela ne puisse permettre d’affirmer que les algues vertes cesseront de proliférer sur nos côtes. C’est un cautère sur une jambe de bois ! Comment donc favoriser le libéralisme en agriculture tout en préservant l’environnement ? (Faire croire qu’il serait possible « d’aménager » le capitalisme en lui imposant certaines règles est un mensonge qui pue l’ambition de pouvoir !)

Ce système capitaliste est lancé dans une course folle au profit et ce n’est pas la pollution des eaux qui l’arrêtera. Les inconvénients de ce système, ce sera à nous de les financer [2], les avantages, on sait à qui ils vont.

Le capitalisme aura même, grâce à une trouvaille récente de la science, le recours de présenter les OGM (Organismes génétiquement modifiés), censés être beaucoup moins gourmands en engrais et traitements, comme LA solution à tous « nos problèmes ». Et là, il y a du fric monstre à gagner (voir Monde libertaire n° 1117). Tout cela se fera par le biais des politiciens, complices de la mafia agroalimentaire ultra-libérale.

Il suffira par exemple de déclarer que des produits qui sont de plus en plus craints par le public comme l’atrazine, le lindane, le dinoterbe ou l’alachlore (des pesticides les plus dangereux [3]) pourraient enfin disparaître de l’eau grâce à la culture d’OGM, pour voir d’un coup ces produits, jusque-là boudés par les consommateurs, prendre une envolée extraordinaire. Les bouteilles d’eau minérale, par exemple, ne se sont jamais aussi bien vendues que depuis que l’on parle de la pollution de l’eau par les nitrates. Les capitalistes s’adaptent, et gagnent toujours plus de pouvoirs et d’argent. À nous, anarchistes, de faire en sorte que cesse cette sinistre mélodie !

Patrice
groupe du 6 juin


[1Une manifestation eut lieu à Loudéac (22) voici quelques mois, organisée par la Confédération paysanne, à laquelle participa la population, contre l’autoritarisme économique de beaucoup de gros éleveurs qui prennent pour habitude d’imposer aux pouvoirs publics (par le fait accompli) des augmentations importantes de cheptel porcin.

[2La redevance « pollution » à Perros-Guirec était de 2,48 FF HT le mètre cube en janvier 1995 ; elle est passée à 2,99 F HT en juillet 1995 (+20 %) puis 3,56 FF HT en juillet 1996 (+ 43 % par rapport à janvier 1995). Elle était de 0,94 FF HT en 1989, soit une hausse de 280 % en 7 ans.

[31 g de dinoterbe, désherbant du maïs, dans 300 000 litres d’eau peut tuer 50 % des truites type « arc en ciel » en quelques jours.





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