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18, 25, 30 janvier…

3 journées d’action… et après ?

Le jeudi 8 février 2001.

En 1993, dans un climat d’apathie et de résignation, sa suffisance Balladur, alors Premier ministre, portait à quarante annuités de travail le temps de cotisation nécessaire pour obtenir une retraite à taux plein, et ce, pour tous les travailleurs du « privé ». En 1995, droit dans ses bottes, le psychorigide Juppé tenait à sa façon les promesses du président de réduire la fracture sociale. On sait ce qu’il advint de cette partie de son génialissime projet. Au bilan, si les retraites des fonctionnaires furent sauvées, le reste du plan passa faute de n’avoir pas pu concrétiser en actes le rejet massif qu’il suscitait.

Des leçons pas apprises…

Quelques années plus tard, il semble que les leçons que le mouvement social en a tirées soient passées aux oubliettes de son histoire. Et que les plus amnésiques soient encore les organisations syndicales représentatives et leurs valeureux dirigeants. Parce que dans le genre on refait les mêmes erreurs (pour rester poli), champion ! Passe encore pour la journée du 18 janvier, là, on est dans le classique ordinaire de la bureaucratique syndicale, rien que du très banal.

On fait mine de mobiliser pour les salaires, on roule des mécaniques et on joue les gros bras musclés, tout en ne s’en donnant pas les moyens et en entretenant la confusion dans les mots d’ordre, journée d’action, grève-pas grève etc., comme si dans le passé le genre presse-bouton avait donné des résultats probants. Mais quand le Baron et toute sa clique du MEDEF, Kessler en tête et le lobby des assurances derrière, poussent le bouchon de leur refondation-destruction sociale jusqu’à évoquer 45 annuités, il y a un minimum de réactions à assurer, non ? Alors, aller le 25 janvier de nouveau s’enferrer dans une journée d’action inter-professionnelle, c’était oublier le "tous ensemble" de la grève générale (reconductible) qui ne pouvait être que la seule riposte à la hauteur des enjeux.

Plus personne n’est dupe !

Il y a belle lurette que les travailleurs ont compris que la mondialisation n’est qu’un prétexte à les pressurer davantage. Quand ils entendent par exemple que Danone, cas le plus récent, qui fait du bénéfice, va pourtant licencier, c’est clair. Le coup de la crise, de la modération salariale pour supporter la concurrence et sauver les emplois, ils n’y croient plus. Par contre, de là à reprendre le chemin de la lutte, c’est une autre paire de manches. Entre le désenchantement, le fatalisme et ces mauvaises habitudes dues à la crainte du chômage de déléguer la grève à ceux qui étaient plus « protégés », comme les fonctionnaires ou les grosses entreprises publiques, c’est sûr que les conditions ne sont pas des plus favorables, malgré le retour de la croissance et une petite embellie sur l’emploi. Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si la criminalisation du mouvement social refait surface, un regain des luttes n’est pas supportable pour la World Company. Le dernier exemple en date est le licenciement de cinq traminots grévistes à Rouen. Raison de plus pour saisir les occasions quand elles se présentent.

Comme d’habitude (air connu)

Encore une fois, les organisations syndicales ont raté le coche. Alors qu’il y avait un front quasi uni (même la CFDT continue pour l’instant de dire non au MEDEF), elles ont entretenu la confusion sur la journée du 25, en en ajoutant une autre spécifique à la fonction publique pour le 30 ! Et les fédérations de fonctionnaires en portent une lourde responsabilité. À croire qu’il fallait jouer le jeu du gouvernement gauche plurielle sur les retraites, et pour ne pas que ça soit trop voyant, l’interpeller sur les salaires. Comme si les propositions patronales ne concernaient que ceux du secteur privé, comme si les fonctionnaires pourraient tenir à 37 annuités et demie, alors que le reste des salariés serait à 42 voire 45 ans !

Offensive !

Au vu de la situation, on peut légitimement se demander s’il y a, de la part des organisations syndicales, trop liées à la gauche, une volonté réelle d’en découdre. Ces journées d’action auraient plutôt une fonction d’exutoire, permettant d’évacuer à bon compte les mécontentements. Il est évident que ce n’est pas en allant à la bataille en ordre dispersé, chacun dans son coin, qu’on y arrivera. Pour l’instant, on ne prend pas le bon chemin pour (re) construire le rapport de force suffisant pour faire plier État et patronat. Et pourtant l’heure doit être à la reprise de l’offensive, une conjoncture favorable, une montée en puissance du mouvement social, ça se construit. C’est le moment ou jamais de retourner la situation, et la seule réponse possible pour mettre en pièces les dispositions de l’État et du MEDEF, c’est encore et toujours la grève générale reconductible, c’est ce à quoi il faut aboutir, c’est pour elle qu’il faut préparer les esprits, mobiliser. Il faut que les travailleurs montrent leur unité et leur force.

Eric Gava. — groupe de Rouen


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