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Réfugiés tchétchènes dans la vallée du Pankissi

Le jeudi 8 février 2001.

Un compagnon allemand s’est rendu en Géorgie, dans la vallée du Pankissi, fin décembre. Là, avec un compagnon ukrainien, il a pu observer les conditions dans lesquelles vivent les réfugiés tchétchènes qui ont fui la guerre et il a constaté les difficultés croissantes pour organiser les secours dans la région. Voici son témoignage.



« La vallée du Pankissi est située à l’écart, dans la montagne, une bande de terre étroite à l’Est de la capitale de la Géorgie, Tbilissi. Elle accueille entre 3000 à 7000 réfugiés tchétchènes, on ne sait pas exactement, car beaucoup d’autochtones se sont fait enregistrer comme réfugiés pour bénéficier des aides dérisoires accordées aux victimes de la guerre de Tchétchénie.

 » Avant d’arriver dans la vallée, on doit franchir successivement deux postes de police gardés par les forces spéciales géorgiennes. On risque ensuite à tout moment de se faire interpeller par la milice locale. Des rumeurs courent sur le Pankissi : les Tchétchènes en auraient fait un haut lieu de la criminalité ; les détournements, les vols, les pillages seraient le lot quotidien ; des rebelles tchétchènes voudraient annexer le Pankissi à la Tchétchénie. D’où un contrôle militaire intensifié de la région.

 » Sur place, le spectacle est tout autre. Les réfugiés, essentiellement des femmes et des enfants mais aussi quelques hommes, survivent dans des conditions désastreuses, hébergés parfois chez l’habitant, parfois dans d’immenses abris collectifs en piteux état. Parmi eux, personne ne songe à annexer quoi que ce soit. Certes les vols, les détournements, les pillages sont fréquents mais ils sont le fait de bandes criminelles locales. Les autorités disent d’ailleurs qu’elles n’ont pas à se plaindre des réfugiés en particulier. Le préfet de la région justifie le quadrillage de la région pour lutter contre ce vol organisé et le trafic de drogue. Rien ne nous a été volé, mais il est évident que les convois humanitaires sont exposés à des risques importants : des bandes bien organisées les prennent d’assaut et les pillent. On retrouve ensuite les produits de la rapine sur les marchés des environs. Les réfugiés à qui ils étaient destinés n’en verront jamais la couleur.

 » Nous avons rencontré des réfugiés dans les deux premières localités à l’entrée de la vallée, à Duissi et Birkiani. Ils habitent de grands hangars très délabrés. Huit personnes se partagent environ 10 m². Pas d’électricité, des lampes à pétrole pour l’éclairage. Pas de sanitaires, un unique robinet d’eau froide. On se chauffe avec des petits poêles cylindriques sur lesquels on cuisine et on fait bouillir l’eau. On manque de savon, de lessive, de serviettes hygiéniques pour les femmes. Les médicaments font défaut, il revient trop cher de se faire soigner à l’hôpital de Telawi, la principale ville de la province. Et d’ailleurs voudrait-on y soigner des réfugiés ? Les malades restent livrés à eux-mêmes.

 » Par manque de temps, nous n’avons pas pu nous acquitter de tout ce que nous avions prévu au départ. Nous avons utilisé une partie de l’argent destiné aux biens courants pour offrir quelques petits cadeaux aux enfants réfugiés. D’ici le mois d’avril, nous allons rassembler suffisamment de matériel pour organiser un petit convoi humanitaire avec des médicaments et des produits d’hygiène. Nous tâcherons de mettre toutes les chances de notre côté pour que notre aide arrive en lieu sûr et parvienne bien aux destinataires ».

Martine-Lina Rieselfeld — Relations Internationales
Source : Direkte Aktion n°143 (janv-fév. 2001)





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