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Publicité partout, justice nulle part

Le jeudi 4 décembre 2003.

Place de la République. Vendredi 28 novembre. À 19 heures dans six autres lieux parisiens, le même rendez-vous pour la troisième action directe souterraine stop la pub.

La foule a répondu à l’appel. Plusieurs dizaines de personnes patientent, inspirées et décidées à agir contre la publicité si présente sur les murs et le mobilier urbain et qui finit par s’incruster dans notre quotidien. Ce soir, une nouvelle fois, toutes et tous sont parés de leur attirail (pinceaux, brosses, peinture, colle) pour révolutionner les habitudes du métropolitain.

Mais le préfet de police, que la RATP et Métrobus ont dû supplier, en a décidé autrement : c’est le « bus-police » (donc pas écologique) que les anti-pub emprunteront ce soir et gratuitement.

En effet, vers 19 h 30, cinq ou six estafettes de la Police se garent sous la statue de la République et déversent une quarantaine d’agents qui encerclent sans attendre les joyeux convives pacifiques (le cordon restera perméable quelques instants), alors qu’un bus blanc barré de rouge et de bleu vient stationner le long du trottoir. Aucun doute, ce soir on arrête en masse, préventivement et avec procès d’intention. La station de métro, elle, est parsemée de vigiles, de civils et d’agents RATP bien aux ordres. Les nouveaux arrivants au rendez-vous, eux, ne sont pas inquiétés.

Sous les huées et les protestations, nos camarades sont chargés, après un bref sitting, un à un dans la charrette. Les femmes seront pour la plupart relâchées après un contrôle d’identité sur place : la police machiste n’a prévu qu’un seul fonctionnaire féminin — de la circulation — pour la fouille au corps !

On imagine bien vite qu’aux autres rassemblements le même scénario se répète. C’est donc une opération d’envergure qui se déroule en plein Paris.

Dans le bus, les camarades interpellés font tanguer celui-ci et des inscriptions commencent à fleurir sur les vitres. Le départ est alors donné sous escorte des motards tandis qu’une vitre vibre fortement.

Direction le commissariat du 3ème arrondissement, où les anti-pub libres décident d’aller les soutenir vers 20 h 45. Nos camarades sont extraits individuellement du bus pour un contrôle d’identité puis apparemment relâchés dans les minutes qui suivent. Mais avec une lenteur souveraine. Devant la quarantaine de manifestants solidaires, ils reprennent de la vigueur, secouant le bus, hurlant à travers la fenêtre descellée, décorant les parois et les vitres. Nous tentons de bloquer la circulation, les forces de l’ordre s’affolent et le bus démarre en trombe vers une direction qu’une brève poursuite à pied ne nous permettra pas de connaître.

Le groupe se scinde. Quelques-uns se dirigent vers la Cité, d’autres restent pour réceptionner les camarades libérés.

Les rares infos sur les autres groupes confirment les soupçons : d’autres arrestations et en définitive pas d’action (certains ont-ils pu agir en petits noyaux ?). Les couloirs sont d’ailleurs peu fréquentables ce soir, la pub a ses gardes du corps disséminés le long des quais, dépités et inactifs du fait de l’efficacité de leurs homologues de surface.

Si on juge la validité d’une action à son degré de répression on peut dire ce soir que cette initiative qui regroupe des travailleurs et des étudiants, des intermittents et des chômeurs… est percutante, dérangeante et nécessaire. Alors à la prochaine… Autrement.

Monsieur Frédéric





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