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La LDH nous écrit…

Le jeudi 4 décembre 2003.

Chers amis,

J’ai eu connaissance de l’article publié dans votre numéro daté du 16 au 22 octobre 2003 consacré à la grève de la faim des sans-papiers de Lille et rédigé par Bertrand Dekoninck.

Nous pouvons avoir des divergences d’appréciations sur telle ou telle analyse politique, par exemple sur l’ouverture totale des frontières aujourd’hui, mais est-il nécessaire de traîner ses contradicteurs dans la boue et travestir la réalité ?

Bertrand Dekoninck écrit que nous nous sommes « couchés » devant le pouvoir socialiste en 1997 à propos de la loi Chevènement, que nous nous sommes « terrés » lors du vote de la loi sur la sécurité quotidienne présentée par Daniel Vaillant.

Nous n’avons pas eu la même analyse que l’auteur de ces lignes quant à la loi Chevènement. Mais, nous n’avons cessé d’en dénoncer les béances, les conditions d’application et l’absence de régularisation des sans-papiers. Je veux croire que vous n’avez pas oublié qu’avec le MRAP et quelques personnalités, nous avons organisé un tour de France au soutien des sans-papiers pour demander leur régularisation. Je veux croire aussi que vous n’avez pas oublié notre action avec d’autres contre la double peine à propos de laquelle nous ne considérons pas qu’elle ait été abolie, loin de là, par la dernière loi Sarkozy.

Je ne puis, enfin, laisser sans réponse le fait que nous ayons laissé passer sans rien dire la loi Vaillant sur la sécurité quotidienne. La LDH a été la seule, ou presque, à mener combat sur ce terrain en provoquant une réunion d’urgence de la Commission nationale consultative des droits de l’homme (en trois jours, cela ne s’était jamais produit), en exigeant une saisine du Conseil constitutionnel et en alertant toutes les organisations. Notre affrontement avec le gouvernement a été, sur ce point, total. Il ne s’agit donc pas là d’une divergence d’analyse mais d’une accusation purement et simplement erronée.

J’en profite pour dire combien je regrette que, de manière générale, les débats dans l’ensemble du mouvement social, prennent un tour aussi agressif et aussi caricatural. Ce dont nous avons besoin, c’est de reconstruire une alternative politique, chacun selon ses fonctions, et non de décréter que l’autre a tort ou est un « social traître ».

J’espère que vous donnerez connaissance de ce courrier à vos lecteurs. Bien cordialement.

Michel Tubiana


…nous lui répondons

Cher ami,

Je partage avec vous le souci de pacifier les débats dans le mouvement social. Trop souvent, l’invective l’emporte sur l’argumentation. Il est rare que le « chacun selon ses fonctions » trouve cet écho tellement souhaitable dans les discussions qui agitent le milieu militant.

Je ne contesterai pas — et d’ailleurs, qui le pourrait ? — que vous menez avec acharnement, et autant d’efficacité qu’on en peut espérer, une lutte sur le terrain institutionnel qui est le vôtre, contre les oppressions. Nous prenons acte de votre « affrontement total » avec le gouvernement à propos de la LSQ. Vos indignations sont souvent les nôtres, et tout irait pour le mieux dans le meilleur des mondes possibles…

Irait, et pas va, parce que les différences d’appréciations trouvent, dans la lutte quotidienne, des expressions qui nourrissent les conflits et attisent de part et d’autre la rancœur. Ainsi, Bertrand Dekoninck consacre un paragraphe, nettement agressif, de son article, à l’attitude de diverses organisations qui ont apporté leur soutien — « parfois sincère », ajoute-t-il — à la lutte des sans-papiers lillois. J’avoue ne pas connaître le détail des intrigues qui ont entouré le mouvement à l’ombre du beffroi ; Bertrand devrait être en mesure de vous instruire de cela.

Pour avoir moi-même été impliqué de manière assez prononcée dans la lutte des sans-papiers du Val-de-Marne, j’ai quelques motifs d’amertume. Certaines associations feraient mieux de rester sur leur terrain à elle, caritatif ou humanitaire, et de ne pas se mêler d’organiser la lutte des opprimés. Les militants de la LDH sont, pour l’occasion, à peu près innocents ; on ne peut pas en dire autant de ceux du Mrap… Il faut dire, parce que c’est la vérité, que pendant les mois qui ont suivi la circulaire Chevènement, le mirage de la gauche au pouvoir a poussé des centaines de militants à jouer les auxiliaires de préfecture. Ravis d’apporter leur concours à un gouvernement qui leur était sympathique, ils sont devenus ses aides administratifs dévoués. Et il faut dire aussi que ces militants n’ont pas ménagé leurs efforts pour canaliser la lutte collective et la dévoyer vers leur propres objectifs.

Donc, je suis d’accord avec vous, et, si vous lisez les deux paragraphes de l’article incriminé qui précèdent la citation, dans une parenthèse, de la LDH, vous conviendrez que Bertrand n’est pas loin de partager notre point de vue. Lorsque des militants — dont la sincérité, encore une fois, n’est pas en doute — parasitent une lutte pratique, dirigée vers l’obtention de résultats immédiats, en la contraignant vers des objectifs politiciens, la subordonnant à leurs rapports de pouvoir ou d’influence avec les institutions, ils feraient mieux de s’abstenir. « Chacun selon ses fonctions »… sauf quand la fonction que s’assignent le uns est de dominer les autres ! Les analyses et prises de positions de la Ligue des droits de l’Homme sont souvent éclairantes et toujours empreintes du souci de la dignité humaine. Il serait bon que tous les militants s’inspirent de ces excellents préceptes.

Bien cordialement,

Max Lhourson





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