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Renforçons la lutte des sans-papiers sur tous les terrains

Le jeudi 13 mars 2003.

Comme nous l’écrivions dans le numéro d’octobre de La Sociale, les effets d’annonce du ministre de l’Intérieur, grand humaniste, ne pouvaient tromper personne. On nous annonçait un réexamen des dossiers tenant compte « du plan social et humain ». En fait d’humanité, les refus sans réexamen tombent en cascade (est-ce le fameux raccourcissement de la procédure annoncé ?) et le harcèlement judiciaire et policier contre les immigrés ne laisse aucun doute quant à la volonté d’ouverture du gouvernement.

Publiée en décembre, la circulaire d’« harmonisation des critères de régularisation » de Sarkozy développe la suspicion sur les dossiers des malades, de regroupement familial et sur les preuves de séjour. Elle réduit au strict minimum les régularisations exceptionnelles à la libre appréciation des préfets annoncées à grands renforts de publicité.

À Lille et ailleurs, les enquêtes se systématisent sur les mariages et se transforment en garde-à-vue pour défaut de papiers. La police traque les sans-papiers dans toute la métropole (interpellations au marché de Wazemmes, dans le métro malgré des titres de transport en règle… et — chose nouvelle — à l’issue de manifestations !). Les placements illégaux en rétention se multiplient. La mobilisation constante des sans-papiers eux-mêmes permet parfois d’empêcher l’État de commettre les violations les plus flagrantes de ses propres lois. Mais devant l’indifférence de l’opinion et l’absence de soutien, c’est l’arbitraire tout puissant de l’État policier qui reste la règle quelles qu’en soient les conséquences. Djellali, membre du Comité des sans-papiers 59 expulsé en décembre, est aujourd’hui en prison en Algérie. Ricardo Barrientos, maintenu plié en deux pour le faire taire par les policiers qui l’escortaient, est mort le 30 décembre dans l’avion qui devait le renvoyer en Argentine. Deux réfugiés sont morts dans le Calaisis, l’un écrasé par une voiture alors qu’il fuyait la police qui harcèle les sans-papiers depuis la fermeture du camp de Sangatte.

Comment faire cesser cette hécatombe ?

On peut, certes, distribuer du café et des couvertures aux sans-papiers du Calaisis. Ce qui arrange bien l’État : en assumant à sa place et même à sa demande l’assistance aux indigents, on évite de poser toute question politique, alors que ni la fermeture ni le maintien du centre de Sangatte ne constituent une solution ! Et on oublie de dénoncer l’extension du centre de rétention voisin de Coquelles.

On doit aussi exiger la régularisation de tous les sans-papiers sur le territoire européen. Mais se limiter à cette mesure exceptionnelle, c’est accepter qu’après celle-ci, la machine à créer des clandestins continue à fonctionner à plein. Une chose qu’a bien comprise le gouvernement post-fasciste italien, puisqu’au même moment où il régularise massivement, il renforce sa législation anti-immigrés et le chef du gouvernement exalte les vertus du travail au noir.

L’État s’est construit en inventant les notions de frontières, de citoyenneté (matérialisée par la carte d’identité), de nation comme conditions indispensables à la survie du groupe national. Cette idéologie repose sur l’enfermement sur soi, la peur et donc l’exclusion de l’autre et la discrimination. La fermeture des frontières, l’exploitation de l’« étranger » avec ou sans papiers sont les formes d’un racisme omniprésent inhérent à la conception d’état-nation.

Pour lutter contre ces formes visibles de l’oppression étatique, c’est bien plus qu’une rupture dans la politique d’immigration qu’il faut exiger. En effet, des ruptures, il y en a eu : au début des années soixante dix, les besoins en main d’œuvre de l’industrie autorisent le patronat à aller chercher des travailleurs immigrés dans les anciennes colonies. Aujourd’hui ils sont considérés comme la cause du chômage. Mais il n’y a pas de frontière pour les informaticiens venus des pays les plus pauvres ni pour les athlètes de haut niveau : l’étranger source de profit a toujours la cote dans le système capitaliste. Si l’immigré ne disposant pas de qualification reconnue n’est plus officiellement le bienvenu chez les riches, le sans-papier fait bien leur affaire. Taillable et corvéable à merci, cette main d’œuvre bon marché (non déclarée, sans protection sociale ni revenu minimum) sert la délocalisation sur place, dont les économies « nationales » ne peuvent se passer. La persistance de l’exploitation des sans-papiers est non seulement causée mais voulue par le système capitaliste et l’État qui le sert. En donnant actuellement la chasse aux sans-papiers, Sarkozy cherche à les faire se terrer et accepter leur exploitation sans mot dire !

À bas toutes les frontières !

Exiger la liberté de circulation et d’installation des personnes, ce n’est pas seulement demander un réaménagement des politiques migratoires. Les frontières sont faites pour être fermées. Il ne faut pas seulement vouloir les ouvrir, mais lutter pour les supprimer parce qu’elles sont les instruments de l’oppression économique, sociale et morale que nous subissons tous. Il ne faut pas seulement vouloir des papiers pour tous, mais pas de papiers du tout !

L’urgence est à la construction du rapport de force avec les sans-papiers en lutte face au racisme d’État. Nous devons soutenir tous les sans-papiers qui s’organisent, sur tous les terrains : renforcer leurs mobilisations, dénoncer toutes les formes d’arbitraire (suspicion systématique, contrôles d’identité, arrestations…) et d’exploitation, organiser la résistance aux expulsions dans les aéroports comme devant les centres de rétention.

Hélène et Julien, FA — Lille





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