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La Guerre d’Algérie et les anarchistes

Le jeudi 6 février 2003.

La commémoration du traité de l’Élysée, scellant la réconciliation de l’Allemagne et de la France, l’année de l’Algérie en France, même si l’on peut être circonspect quant à leurs motivations réelles, ont ceci de positif de rappeler ce que les guerres ont de terrible pour les peuples. Ce n’est pas inutile en ces temps de bruits de bottes aux abords de l’Irak. Il n’est pas inutile non plus de rappeler, de faire connaître ce que la France, ce que des Français ont pu commettre comme crimes au nom de ce slogan : « L’Algérie c’est la France ! »

Deux livres, parus en 2002 [1], nous replongent dans cette période sombre de notre histoire au cours de laquelle furent commises des horreurs contre les Algériens qui luttaient contre l’oppression dont ils étaient les victimes, horreurs que des Français ne pouvaient pas supporter, qu’ils dénonçaient vigoureusement et qui les conduisaient parfois à se ranger activement aux côtés des combattants algériens. Ce que firent des trotskistes, des libertaires, des pacifistes, etc.

Dans le livre Des Français contre la terreur d’État : Algérie 1954-1962 publié sous la direction de Sidi Mohammed Barkat, un chapitre écrit par Georges Fontenis, secrétaire de la Fédération communiste libertaire, fédération issue de la scission de 1953, sous le titre « Le Non-engagement des anarchistes traditionnels » affirme : « La nouvelle Fédération anarchiste (FA) de 1956, composée des tenants du synthétisme et renforcée par des éléments surtout individualistes et d’esprit franc-maçon […] allait faire la preuve de l’inanité de la pensée "anar" traditionnelle sur le problème du colonialisme. Le "puriste" rejetant toute tentative d’analyse de l’impérialisme allait renvoyer dos à dos le colonialisme des colonisateurs et la révolte des opprimés coloniaux revêtant effectivement pendant un temps un aspect nationaliste… »

Écrire aussi, dans l’autre ouvrage, Les Camarades des frères : trotskistes et libertaires dans la guerre d’Algérie, de Sylvain Pattieu, préface de Mohammed Harbi, que « la FCL est surtout constituée d’ouvriers, d’intellectuels (enseignants), de techniciens, tandis que dans la FA prédominent les forains ou les petits entrepreneurs » (citation du livre de Georges Fontenis : Changer le monde, histoire du mouvement communiste libertaire 1945-1997), est une contre-vérité. S’il est exact qu’au sein de la FA il y avait quelques camarades « travailleurs indépendants », ils ne prédominaient pas du tout. Et ils ne furent pas les moins actifs des militants ! Georges Fontenis conclut le chapitre « Le Non-engagement des anarchistes traditionnels » par ces lignes :

« À quoi pouvait conduire en 1954-1956 cette sorte de minable purisme ? À l’absence totale au sein des luttes réelles ; le nouveau journal de la nouvelle FA, Le Monde libertaire, était vendu dans les kiosques d’Alger pendant que les camarades de la FCL subissaient la répression mais restaient en contact avec les militants révolutionnaires algériens. »

Remettons les choses au point. Ceux qui ont provoqué la scission et qui ont créé un « parti » libertaire ont fait main basse sur le journal, Le Libertaire, et sur le siège de la Fédération anarchiste. Les camarades qui rebâtirent une nouvelle Fédération anarchiste durent lancer un nouveau périodique ; ce fut Le Monde libertaire qui ne put paraître que mensuellement pendant assez longtemps, et ils durent aussi retrouver un local ; tout cela au milieu de difficultés de toute sorte, particulièrement financières.

Le premier numéro du Monde libertaire sortit en octobre 1954, et il fut saisi pratiquement à chaque parution en Algérie. Il n’était pas saisi chez l’imprimeur mais dans les kiosques, sans que nous en fussions avertis ! C’était l’arbitraire total, comme pour les autres publications, certainement. Les coûts de ces opérations étaient difficiles à supporter. Notre journal a été saisi aussi en France à plusieurs reprises, quelquefois dans certains départements et pas dans d’autres !

La FA pendant le conflit algérien

Dans Le Magazine libertaire, n° 4, de décembre 1984, numéro dont le thème était « Libertaires face à l’armée et à la guerre. Spécial souvenir. Dossier 14-18 », j’ai publié un article intitulé « Deux Guerre coloniales : 1946-1962 » ; il s’agissait de la guerre d’Indochine et de celle d’Algérie. En voici des extraits qui montrent les activités de la FA pendant la guerre d’Algérie.

Il faut ajouter que des camarades adhérents de la FA, appelés ou rappelés, refusèrent d’obtempérer. Ils purent, grâce à une filière mise en place par Suzy Chevet, compagne de Maurice Joyeux, s’exiler en Suède. Nous avons aussi plusieurs fois retardé le départ de trains emmenant des appelés à Marseille.

Les militants de la Fédération anarchiste n’ont pas à avoir honte de leur action pendant cette guerre atroce, même s’ils n’ont pas « porté les valises du FLN ».

André Devriendt


[1Les Camarades des frères : trotskistes et libertaires dans la guerre d’Algérie, de Sylvain Pattieu, préface de Mohammed Harbi, éditions Syllepse, Paris, 2002.
Des Français contre la terreur d’État : Algérie 1954-1962. Sous la direction de Sidi Mohammed Barkat. Textes ajoutés par les éditions Reflex.

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