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Grange-aux-Belles 2004

Le jeudi 15 janvier 2004.

Je savais bien que Dieu était communiste. La preuve, ce matin il pleuvait, comme le 17 janvier 1924, mais contrairement à ce jour il n’y avait pas grand monde pour se souvenir du plombier et du métallo tombés sous les balles communistes. Certes, il semble que seuls quelques coups de fil anonymes aient réveillé quelques impénitents pour leur signaler qu’il allait se passer quelque chose rue de la Grange-aux-Belles, mais tout de même.

Dans ce dimanche matin brumeux, il y a eu pourtant un petit rayon de soleil dans le métro : la station Colonel-Fabien avait changé de nom. Ceci évoquant dans la mémoire de quelques-uns un Premier mai 1990 quand la station de métro Stalingrad était devenue en l’espace d’une journée, en ce jour de fête des travailleurs, Commune-de-Kronstadt. Il semble que les mêmes mains anonymes, porteuses d’une mémoire libertaire quelque peu vieillotte, aient réitéré le 11 janvier 2004 leur forfaiture, Fabien était devenu Clos-et-Poncet, le plombier et le métallo avaient enfin leur station.

Par contre, après une escale à La Chope, du nom du café, devenu aujourd’hui un quelconque bar-tabac sans histoire et sans mémoire, qui en avait vu passer des réunions de libertaires, les anonymes se sont engagés dans la rue de la Grange-aux-Belles qui semblait déserte. Là encore quelques mains avaient recouvert la rue d’affiches en hommage à Clos et Poncet et d’un article paru dans Le Monde libertaire. Au 33, alors que des ouvriers du bâtiment faisaient les renards en travaillant sur un chantier un dimanche matin — mais où est passé le contrôle syndical à l’embauche ? — et qui plus est sur les feus locaux de l’Union des syndicats de la Seine n’appartenant plus aux syndiqués mais à de vulgaires propriétaires exploiteurs. Dans l’impasse Chausson par laquelle se faisait l’entrée du 33, un groupe de quelques libertaires, au lieu d’aller à la messe — c’est sans doute pour cela que Dieu est communiste — était curieusement en train d’apposer une plaque sur le coup des 11 heures « Ici le 11 janvier 1924, Nicolas Clos et Adrien Poncet deux militants libertaires défendant l’indépendance du syndicalisme en France et en URSS, ont été tués par le service d’ordre du Parti communiste ».

Puis, ces mêmes individus, alors que la Marie-George faisait sa campagne électorale, s’en sont retournés vers La Chope en expliquant que les locaux actuels de la place Clos-et-Poncet étaient autrefois aussi des locaux syndicaux. Tout se perd, sauf la mémoire. Enfin on l’espère.

Julien et May Guigui


in mémoriam

« Bande de fainéants, moi je travaille. » Telles étaient, entre autres, les invectives que nous lançait un ouvrier qui était sur un chantier jouxtant le 33 de la rue de la Grange-aux-Belles. Un dimanche matin… Voilà qui aurait suscité une réprobation unanime à la CGT comme à la CGTU, mettant pour une fois d’accord communistes et anarchosyndicalistes. Pourtant ce que nous venions rappeler par notre présence, c’était les premiers morts, en France, « sous les coups léninistes ».

Cela se passait vers 11 heures du matin, à Paris dimanche dernier, entre café et croissants place du Combat…

Pourquoi revenir sur des conflits internes au mouvement ouvrier d’il y a 80 ans ? Citons Claire Auzias : « La mémoire est notre point de départ et notre priorité. » Pour ma part je me souviendrai toujours de Julien Toublet, ancien secrétaire de la CGTSR, quand nous revenions de la place de la République pour aller voir George Yvernel [1], rue de Meaux. On passait à la hauteur du 33 et il me disait : « C’est là. »

Thierry, groupe Pierre-Besnard


[1Ancien des Cercles syndicalistes lutte de classes.





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