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Rentrée des luttes en Tchéquie

Le jeudi 13 novembre 2003.

Le 1er septembre est traditionnellement le jour de la rentrée en République tchèque, mais cette année, pour de nombreux élèves, ce ne fut pas le premier jour de classe. En effet, 72 000 employés des 3 000 écoles de Tchéquie, soit la moitié du personnel, étaient en grève. La revendication principale portait sur une augmentation de salaire : un treizième et quatorzième mois payés à 50 % du salaire mensuel. D’autres catégories de travailleurs de la fonction publique ont également participé à cette journée en débrayant une heure pour demander des augmentations de salaire.

Les salaires ne sont pas le seul problème des enseignants : en effet, trois jours après cette grève qui fut la plus suivie dans l’éducation depuis 1989, le gouvernement annonce un projet de supprimer dans les trois ans un millier d’écoles non-rentables, projet qui devrait en plus s’accompagner du licenciement de 4 500 enseignants par an (soit 13 500 enseignants en tout).

Autre problème de la réforme des finances publiques, une attaque contre les retraites. Une ouvrière des usines sidérurgiques d’Ostrava (Moravie du Nord) explique la conséquence de cette réforme : « Selon la dernière réforme, on a prolongé l’âge actif de quatre ans, et maintenant ils veulent ajouter encore quatre ans. C’est huit ans au total. Je devais prendre ma retraite à l’âge de 55 ans, et maintenant c’est 63 ans. Pour une femme, c’est terrible. Et j’évite encore de parler des salaires qui ne cessent de baisser… ». Aussi, le samedi 13 septembre, entre 15 000 et 20 000 travailleurs ont défilé dans les rues de Prague pour protester contre cette réforme anti-ouvrière.

Il semble bien que la combativité des travailleurs ne cesse de croître en République tchèque, les bureaucraties syndicales elles-mêmes haussent le ton, mais sont très loin d’être réellement décidées à organiser une mobilisation massive du monde du travail. C’est ainsi que le 12 septembre, Milan Stech, chef de la Centrale tchéco-slovaque des syndicats, la plus grande centrale du pays, a expliqué : « En ce moment, notre confédération n’a pas dans son scénario la grève générale. Si le gouvernement ne prend pas en considération nos revendications, et si en plus il se montre arrogant vis-à-vis de nous, cela pourrait aboutir à de nouveaux conflits sociaux. En tout cas les partis représentés au gouvernement sentiront notre réaction lors des prochaines élections et notamment lors des élections législatives. Nous savons que les documents que nous préparons avant les élections suscitent un écho chez l’habitant. Ainsi, aujourd’hui le gouvernement décide, dans une certaine mesure, des résultats que ses candidats obtiendront lors des prochaines élections. »

Bref, on parle un peu de grève générale, mais finalement on ne propose rien d’autres qu’une « revanche aux élections », comme si le changement du personnel politique pouvait améliorer quoique ce soit aux conditions de vie de la classe ouvrière. Après la mobilisation du 13 septembre, le même bureaucrate a légèrement radicalisé son discours : « Je crois que la grève générale ne fait pas partie de notre scénario, mais on ne peut pas l’exclure si le gouvernement jetait nos revendications à la poubelle. Dans ce cas-là, on organisera des manifestations qui pourront avoir des impacts négatifs sur l’économie. Cette fois-ci, on a voulu les éviter… ». Toujours rien de bien clair, si bien que la réforme risque de passer comme une lettre à la poste en échange de quelques miettes données par le gouvernement.

Cependant, les discussions sur l’éventualité d’une grève générale dans la grande presse montrent bien que c’est cette méthode de lutte que craint la bourgeoisie. Mais pour construire une riposte à la hauteur des enjeux, la classe ouvrière devra également déborder le cadre des syndicats réformistes et ne compter que sur ses propres forces.





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