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1939 : la France reçoit les républicains espagnols

Henri-François Imbert, « No pasarán, album souvenir »

Le jeudi 13 novembre 2003.

Le point de départ de ce film est la découverte par le cinéaste de six cartes postales dans un album photos de sa famille. Commence alors pour lui une quête qui durera des années.

C’est que les six cartes postales représentent des réfugiés républicains espagnols arrivant en France en 1939.

Le cinéaste reconstituera la série des vingt-neuf cartes éditées à l’époque par APA et complétera avec d’autres cartes provenant d’autres studios. La difficulté à retrouver ces documents se traduit dans le film par la lenteur. Lenteur du propos, longueur des plans qui permet de bien scruter et mémoriser ces images d’un grand intérêt historique.

Une lenteur de la quête s’étendant sur plus de dix ans pour reconstituer l’histoire de l’internement des réfugiés aux camps de Bram, d’Argelès-sur-Mer, de Gurs, etc. par l’État français voyant d’un mauvais œil l’arrivée de ces femmes et ces hommes qui ont été capables de prendre leur vie en main avant d’être chassés par la répression réactionnaire stalinienne et franquiste.

Imbert reste sur le terrain affectif et fait de son film une œuvre très personnelle. Ainsi, dans son périple quasi archéologique dans le monde des marchands et collectionneurs de cartes postales, il s’en tient aux seuls documents en sa possession et déduit un pan d’histoire qui de ce fait demeure très limité. Pourquoi pas, en effet, faire ce choix ? Mais le film en devient d’autant plus confidentiel — en plus de sa sortie dans peu de salles — et les non-initiés seront un peu perdus dans cette évocation sans « notes en bas de page » d’une partie de l’histoire de la guerre d’Espagne.

Une histoire prolongée en France où la mémoire a fait le ménage. Les camps de concentration seront l’antichambre de la déportation pour des milliers d’Espagnols — bien plus que les six mille que compte le cinéaste qui se limite au seul document qu’il possède — une fois que l’armée nazie occupera la France. Le travail est déjà fait.

La France a été dégueulasse dans cette affaire et ce n’est pas une découverte pour nous, militants anarcho-syndicalistes. Mais nous ne rageons pas moins de voir sur une des cartes postales des soldats français et des phalangistes — qui font le salut fasciste — fraterniser à un poste frontière, à la bonne franquiste… franquette, voulais-je dire.

C’est bien la mémoire qui est l’enjeu de ce film. La mémoire familiale du cinéaste, la mémoire collective des réfugiés et des habitants des villages où se trouvaient les camps. Une mémoire pour dénoncer, réhabiliter, témoigner, ne pas recommencer.

Ne pas recommencer ? Le film se termine au camp de Sangatte où Imbert montre ses cartes postales aux réfugiés afghans, kurdes, etc. Il les fait témoigner. Rien n’a changé. Les camps de concentration : une tradition française ?

Des plans de mer calme ponctuent tout le film. Sur ces plages, les vacanciers ont succédé aux Espagnols internés. Tout est rentré dans l’ordre. « Bronzez bonnes gens, vous ne savez rien du passé et vous fermerez les yeux sur le présent. »

Un film à voir en s’étant bien préparé et documenté sur la période pour l’apprécier à sa juste mesure.

Hervé, CNT-FAU Paris III





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