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Louis Capart

l’héritier talentueux
Le jeudi 18 octobre 2001.

« Branche vagabonde d’un bel arbre nomade », Louis Capart nous a laissé il y a quelques années une très belle chanson sur Saint-Denis, l’un des endroits où il posa son sac. Mais on savait que son auteur n’avait ni vu le jour ni grandi à l’ombre des cheminées de cette banlieue parisienne. Son caillou natal, l’île de Sein, il l’avait déjà évoqué à travers la magnifique « Marie Jeanne Gabrielle », découverte il y a vingt ans. Louis Capart nous emmène à nouveau aujourd’hui dans ce « petit royaume aux mille paysages » qu’il porte en lui et offre ici en partage à notre émerveillement. Encore une fois, avec Louis, la promenade est belle, inoubliable, et l’on ne pouvait espérer meilleur accompagnateur pour ce séjour poétique et musical au pays dont il est l’enfant. Puis, à l’écart des bistrots des quais et des recoins de l’île, vous vous laisserez entraîner « au large du Gueveur », merveilleux hommage à la mer et colère rentrée contre les salissures mazoutées du profit.

Ses francs et salutaires coups de griffe, Louis Capart les réserve aux comportements moutonniers et aux réjouissances populaires à date fixe fabriquées en haut lieu, dans les bureaux du mépris. La chanson s’intitule « L’an mil » et fustige les troupeaux d’imbéciles. « Les Forteresses », où l’on voit qu’il reste bien des bastilles de toute nature à renverser, se situe dans cette même veine des chansons qu’on disait naguère « contestataires ». Toutes n’étaient pas des chefs-d’œuvre, gâtées trop souvent par un lourd pas cadencé militant. Avec Louis, la révolte douce et sincère, réfléchie, sans tam-tam guerrier en guise de musique, se coule dans une écriture admirable, légère, où le « message » n’oublie pas toute l’importance de la mélodie. Et puisque d’héritage il s’agit, Louis Capart nous dit aussi ce qu’il doit à Léo Ferré. C’est un exercice difficile que la chanson hommage aux « anciens » du métier. Le risque existe de verser dans la guimauve ou dans l’imitation ratée. Pas de ça ici. Capart reste délicieusement lui-même, comme lorsqu’il s’agit d’interpréter parfois, un soir de 14 juillet, les textes de Ferré, et signe là un émouvant témoignage de reconnaissance à ce compagnon de nos rêveries libertaires.

On retrouvera encore ces thèmes où Louis excelle, la chaleur de l’amitié et l’importance de l’amour, quand l’homme est tenté d’en finir ou de s’éloigner du « grand feu mal éteint » des vieilles amours qu’on croit mortes. Cela donne « Dérive » et « Nos vieux amours », deux chansons admirables de sensibilité et d’émotion. La balade se termine avec la reprise de « La Prière du non-marin », chantée en breton par la chorale Kornog de l’île de Sein, où « l’homme qui n’attend plus rien » formule l’une des plus belles demandes d’asile qui furent écrites.

Il y a vingt ans, alors que Radio libertaire faisait ses premiers pas, Louis Capart nous fit cadeau de ses premières chansons, et aussi d’une amitié et d’un soutien jamais démentis. On pourrait penser que chroniquer ici chacun de ses nouveaux disques relève d’un copinage éhonté, d’un « renvoi d’ascenseur », d’un exercice obligé, d’un enthousiasme exagéré aussi, tant il est difficile, parfois, de dire à un ami qu’il s’est trompé, que le talent s’est momentanément éclipsé. Ce n’est pas le cas, croyez-le bien. Ce nouveau disque est une merveille et si, dans la chanson finale, Louis Capart est peut-être cet homme qui n’attend plus rien, qu’il sache que nous attendons encore de lui bien d’autres beautés, comme celles qui composent son « héritage sénan ». Merci Louis.

Floréal





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